Le Virtualiste Pascal Schmitt (1957-2013)  
 
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Le Virtualiste Pascal Schmitt

1957 - 2013

 

 

Mon ami est parti, il nous

disait qu'il existe

d'autres possiblités...

Puis aussi qu'il était venu

en Paix....

 

 

 

L’Os Courant 2014 « La foi était morte, la foi dans l’avenir qui avait été son étoile dans la misère. Et voici, telle était la désespérante vérité : les années de dénuement et d’obscurité qu’il avait considérées comme des années de souffrance et d’épreuve, c’étaient en réalité elles qui avaient été des années riches et fécondes ; et maintenant où un peu de bonheur lui était venu, où il avait cessé d’être un aventurier de l’esprit pour entrer dans une certaine légalité, contracter des liens sociaux, où il exerçait une charge honorable, où il possédait femme et enfants, maintenant il était épuisé, fini. Renoncer, renoncer – c’était tout ce qui lui restait à faire. » In Tonio Kröger, « l’Heure Difficile » de Thomas Mann, Librairie Stock, Bibliothèque Cosmopolite 1924. Première partie. « J’ai chez moi une sorte de pétrin qui se déplace de lui-même quand je parle à mi-voix. » Georges Perec – Petit abécédaire illustré. Parce qu’il disait la vérité, mon ami vivait au quotidien ce que d’autres ânonnent péniblement de temps à autres durant une existence vite bâclée. Le peu qu’il m’en souvienne, sa lucidité semblait avoir raison de tout mais aussi et parfois de rien. Nous sommes tous des laissés pour compte du quotidien. Notre cerveau bat la chamade très rapidement et s’en va vivement vers d’autres lendemains. Cet ami et sa compagne, je les avais rencontrés un jour d’hiver dans la proche banlieue sud de Paris, ils venaient de s’installer, de prendre possession d’une maison-atelier abandonnée. Cela se passait il y a plus de trente ans déjà… Un jour gris et froid comme Paris sait les inventer, la maison était fraiche et semblait sombre car du jardin laissé à l’abandon, de grands arbres s’y étaient déployés, faisant avec leurs vastes branchages un écran, un masque au soleil souffreteux d’un hiver citadin. J’avais peu d’amis plus âgés que moi et voilà que cet homme encore jeune… quel âge avait-il à notre rencontre ? … Ah oui 25 ans… et moi 21 à l’époque ! Trente et un ans plus loin je me remémore cette journée. J’étais venu en mobylette depuis mon autre banlieue, dans le même petit département qui entoure l’ouest de Paris. Une tempête orageuse avait eu lieu entre temps sur mon quartier et une branche d’un érable du jardin était tombée sur la voie privée où nous habitions à l’époque. Un coup de téléphone vint me rappeler qu’il fallait la couper, la scier, la ranger en quelque sorte. Pourquoi se souvenir de tout cela au juste ? Parce que cet ami va mal, bien mal et n’en a plus pour bien longtemps en somme. Une page, un chapitre, une tranche de vie que l’on tourne encore dans ma vie. Au printemps, la lumière plus forte donnait un charme ancien à sa maison-atelier, dont le décor n’avait pas changé depuis les années d’avant-guerre. Lui, il avait commencé à casser des cloisons pour y voir plus clair, avait posé un gros poêle Godin au centre du salon ainsi créé. Bientôt, des chats vinrent y élire demeure aussi, laissant une odeur plus forte ainsi mélangée à celle de la poussière ancienne et cuite par les décennies passées. Cette maison n’avait plus connu d’habitants depuis des lustres, un vieil homme, ancien artiste y avait vécu longuement jusqu’à l’hospitalisation définitive. Mes amis, eux, avaient été attirés par un immense cerisier majestueux qui donnait de riches récoltes… dans ce jardin à l’abandon. Et de fil en aiguille, ils prirent à leur tour possession des lieux. Nous ne sommes pas au monde, de ce monde, il prend plutôt possession de nous par des lieux interposés. Le climat, la géographie font tout et le reste. Révolté au monde, remontant le courant de tout, mon ami en avait la tête toute noire à l’intérieur, et c’est peut-être cela aussi qui l’a rongé petit à petit. Ancien toxicomane, ayant raccroché après des années de galères et d’épuisement, il trouvait là comme une île où se reposer. Le jardin qui était grand au début, fut par la suite comme amputé à son tour de tout un grand pan qui le réduisit à une simple bande en forme de courette. Les arbres, libres et magnifiques, continuaient comme pour rire de ces transformations, à y croître majestueusement. Un hérisson demeurait à l’année dans ce territoire resté sauvage. De grandes cartes du monde et de la France décoraient les murs. Nous délirions sur les monts Verkhoïansk, situés au nord est de la Russie d’Asie, de part et d’autre du cercle polaire. Je me souviens de cela, d’un grand délire autour de cette région de la planète, dont j’ai oublié les faits exacts, les propos etc. … Un autre jour c’était l’enlèvement contre rançon, d’une célébrité, dont le scénario fut très au point. Bref nous nagions à chaque fois dans un imaginaire complice qui chez lui devenait très rapidement fort réaliste. Mon ami vient de partir, et je n’y crois pas, je me sens tout à coup plus vieux d’un homme. Certains qui ont été si vivants, semblent dorénavant comme continuer de croitre tels des arbres de jardins d’une banlieue devenue alors enfin plus humaine.

© 2017