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A la mesure des choses.

Rien, un je ne sais quoi, de calme et de paisible, m’oriente en ce moment à rédiger ces textes, plus faits de réflexion que d’émotion. Alors même que les temps sont peu rassurants, je m’installe dans une grève sans fin de la peur du lendemain, je vis et me contente bien de vivre, voilà tout. Il y a eu des années de « légumisation » intensive dans ma vie, et puis d’autres plus fournies en activisme du quotidien. Ma seule certitude c’est que je n’ai jamais cessé de réfléchir ni à ma condition, ni à son élaboration et ce pendant cette même élaboration. Avant, pendant et après, je suis bien mon futur et je tiens à le préserver. Rien, un je ne sais quoi, finalement qui me préoccupe un peu, beaucoup, une possibilité d’écrire tranquillement, sans plus se demander, si c’est bien, si c’est juste, si c’est correct ! Peut m’importe l’opinion du lecteur, car ma foi, il n’est pas né encore. J’écris en effet pour les petits enfants de nos petits enfants, donc aucune incertitude quand à mon contemporain, auquel je ne porte ma foi, pas un très grand crédit. Des gens auxquels je pense souvent, dés qu’il s’agit de réflexions et de lectures : Alain Fournier, Benjamin Fondane mort gazé dans un camp nazi en 1944. Michel Foucault, Albert Camus, Alain Jouffroy, Ernst Jünger, Georges Perros, Georges Perec, Boris Vian, Raymond Queneau, Daniel Guérin, Max Stirner, Paul Virilio, Jacques Gagliardi, etc… Jean Grenier, Jean Paulhan, Jean Giono, mais au XXI° siècle je ne vois pas encore d’auteur qui compte comme on dit : Houellebecq aurait pu s’il était moins pressé de s’enrichir financièrement. Il a dit une chose assez juste et que je mets là : « Les êtres se diversifient et se complexifient, sans rien perdre de leur nature première. A partir d’un certain niveau de conscience, se produit le cri. La poésie en dérive. Le langage articulé, également. » in Rester vivant, 1997. D’autres qui compteront peut-être encore plus par la suite : Jean Reverzy, Henri Calet, Bernard Noël, Paul Gadenne, André Dôthel, Jean-Claude Pirotte, Raoul Vaneigem, Jacques Chardonne, Philip K. Dick etc… De Gadenne : « On croit communément que la frontière est entre l’homme et l’animal, et l’on dit pour les différencier que les hommes ont une âme et que les animaux n’en ont pas. Mais la frontière est dans l’homme : entre le petit nombre de ceux qui ont une âme, et le grand nombre de ceux qui n’en ont pas, mais qui ont la force pour eux ou l’argent ou l’heureuse inconscience de la brute. Le scandale, finalement, se disait Didier, se rappelant ce qu’il avait vu aux forges, ce n’est pas que l’homme soit exploité par l’homme, c’est qu’il soit exploité par la Bête : cette énorme et monstrueuse Bête faite de tous ceux, petits et grands, qui ne s’intéressent qu’à l’argent et qui se reconnaissent le droit de posséder. Ceux-là, on les entend clamer. Et bien d’autres avec eux. » in Les Hauts-Quartiers, livre de 1973. Donc je lis, j’ai lu beaucoup et je lirai encore plus, car tous ses auteurs m’apportent leur vérité d’être dans leur écriture unique et simple. Et ces êtres comptent, comme seuls savent compter les amis, des compagnons, non des conseils et des maîtres, mais des âmes sœurs tout simplement… Des gens qui « vous causent », non pas des ennuis mais des partages, des connivences. Les lectures sont aussi présentes que l’écriture, sans opposition, continuation sans doute de l’un dans l’autre et inversement. Mais tout compte fait, j’aurai encore plus lu qu’écrit en quelque sorte, depuis le temps et son accumulation. De Raoul Vaneigem : « Les passions ont, dans leur résolution d’aller jusqu’au bout de leur gratuité, plus de lucidité que toutes les leçons de tactique et de stratégie. C’est là qu’apparaît clairement que l’autonomie n’a rien de commun avec ce quant à soi où l’on est ce que l’on a ; avec cet individualisme où l’on revendique son aliénation comme un bien inaliénable ; avec ce moi appropriatif et exproprié oscillant de la mégalomanie à la sous-estimation, balançant de la puissance de ce qui le nie à l’impuissance de ce qui l’affirme. » in Le livre des plaisirs. Décidément il y en a un que je ne comprends pas tellement et c’est encore Michel Houellebecq, lorsqu’il dénigre Jacques Prévert et Boby Lapointe, qui lui, avait bien appelé son disque : « comprenne qui peut ! », en effet pourquoi dit-il que le travail du texte chez Prévert, reste embryonnaire, a-t-il bien lu « Paroles ». J’ai du mal à comprendre qu’un écrivain en démolisse un autre, et juste au moment où se dernier entre à la Pléiade ? Jalousie et dénigrement sans aucun doute. Et puis travail embryonnaire, je crois que Houellebecq sait faire aussi. Son article s’appelait « Jacques Prévert est un con » et a été publié dans le numéro 22 de juillet 1992, des Lettres françaises. Pourtant son texte : Approches du désarroi, reste très bien vu et assez lucide sur notre époque, mais j’ai comme la mauvaise impression qu’avec Michel Houellebecq, on nous refait le coup de Céline, celui qui dénigre, injurie etc… une sorte de pub à effet de souffle toute éphémère, espérons pour lui qu’il bosse dans son coin et vive sa vie qui n’a pas l’air si folichonne que ça… De Benjamin Fondane : « Que nous promet l’espoir ? L’impossible. Déserter sournoisement le réel du savoir pour projeter sa vie dans les catégories de l’erreur et de l’absurdité, je veux dire, du possible. » in Préambule de « La Conscience Malheureuse ». Et quand, au soir de ma vie, lorsqu’il n’y aura plus de lumière, ni de voix pour me tenir compagnie, je partirai, avec cette foule d’amis dans ma tête et me dirai bien que je n’ai jamais été seul une seconde, grâce à des techniques simples de transmission de la parole de certains. Car les autres bien évidemment, certains autres on souhaite les oublier pour de bon ! Mais pourquoi toutes ces vies sans un mot, sans une phrase, une ligne, de quelle peur s’agit-il ? De quel empêchement, quelle réduction de la pensée à son plus simple parcours animal. Oralité soit ! Mais où est la transmission, il manque une courroie dans ce moteur ! On a dit beaucoup de bien de la culture paysanne, mais étrangement ce n’est pas elle qui a inventé la brouette ! Les contes oraux varient en fonction de l’auditoire, au même titre que le texte change suivant le lecteur, mais on ne peut pas ressusciter un conteur mort ! Bref je suis content qu’il y ait des livres et à profusion, mais pas forcément des opérations de Marketing, plutôt des possibilités de livres qui évoluent vers un discours intime malgré leur diffusion. Prenons l’exemple cette fois-ci, d’un texte ancien, les Fragments d’Héraclite pourquoi pas. On constate tout de suite qu’il y a plein de filtres pour que le milliardième de son propos nous parvienne quelque peu et enfin, des filtres dus aux époques, aux civilisations, aux langues, aux transcripteurs, aux traducteurs, aux maisons d’éditions etc. etc…. Et pourtant c’est bien lui qui remarqua qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ! Il a cette chance d’être encore nommé, identifié et non pas zappé par le temps, absolument rendu à l’innocence de sa naissance. Les livres et leur vie, leur succession de main en main permet encore beaucoup et je ne pense pas qu’Internet arrive aux mêmes résultats… « Nous sommes gouvernés par une économie de marché qui prélève sa taxe sur le travail, nourrit de moins en moins le travailleur et agit cybernétiquement comme si elle se suffisait à elle-même. » Raoul Vaneigem in Nous qui désirons sans fin, 1996. Il est tard, mais je reprendrai plus tard encore ce petit exposé sur cette mesure des choses. C’est le matin et je reprends ce texte, sur cette mesure des choses, qui permet d’établir ces repères et ces propres permanences de vie. Pour moi cela passe par la lecture d’auteurs privilégiés, essentiels, car, je fais peu confiance à mes contemporains en chair et en os pour m’apporter le moindre échange ou la moindre amitié véritable. Je suis du livre et le demeure, tout comme un peu, Léautaud en fait, à son époque. C’est l’après-midi bien entamée et je n’ai toujours pas abordée cette mesure des « choses », faite à la hauteur de ma vie, dans la plaine de mes jours, au pied de ma chute dans l’inconnu, le néant, l’absence de manifestations. Dans le Passage de Reverzy, il a un paragraphe qui m’a toujours parlé : « La connerie humaine, si évidente soit-elle, aimait-il à redire, ne se définit pas. Ca m’a souvent fait réfléchir. Je pensais à tous ceux qui, à tort ou à raison, m’ont pris pour un con, et il y en a. Mais je pensais aussi tel ou tel devant qui je ne peux m’empêcher de dire : «C’est un con. » Je me demandais alors pourquoi Pierre ou Paul, à mon sens, étaient des cons et pourquoi se disaient-ils en me regardant : « Lucien est un con. » Tout cela n’est pas facile à comprendre… Cependant, une chose ne se discute pas : un individu parfaitement immobile et silencieux est toujours moins con que celui qui remue et parle ; la connerie humaine se définit et se mesure à l’agitation du monde. » Pour ma part, j’ai toujours pensé que nous étions le con d’un autre, même si en effet on a du mal à définir la connerie, par contre on l’assimile vite ! On la reconnaît et on en joue aussi parfois. Dans le texte Rimbaldiana, André Dhôtel note sur Rimbaud que : « En fait ce que Rimbaud refusait ce fut toujours de se situer. L’éternelle merveille (tombée de quel ciel ?) ne fait éprouver sa présence que parce qu’elle est une intelligence insituable. Elle existe parce qu’elle est l’insituable et comme telle nettement perçue. Rimbaud lui-même se voulait insituable. » Lorsque j’avais quinze ans, je lisais Une saison en enfer, et je fus passionné par cette lecture qui se termine ainsi : « Que parlai-je de main amie ! Un bel avantage, c’est que je puis rire de vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, - j’ai vu l’enfer des femmes là-bas ; - et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps. » Avril-Août 1873. Et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps, quelle fin authentique et directe, naissance à la vie, après les faux amours, je pense que Rimbaud n’avait effectivement plus rien à dire ensuite, une fois plongé dans cette vie où il lui sera loisible de posséder la vérité ! Houellebecq encore : « Je m’avance encore un peu plus loin dans la forêt. Au-delà de cette colline, annonce la carte, il y a les sources de l’Ardèche. Cela ne m’intéresse plus ; je continue quand même. Et je ne sais même plus où sont les sources ; tout à présent, se ressemble. Le paysage est de plus en plus doux, amical, joyeux ; j’en ai mal à la peau. Je suis au centre du gouffre. Je ressens ma peau comme une frontière, et le monde extérieur comme un écrasement. L’impression de séparation est totale ; je suis désormais prisonnier en moi-même. Elle n’aura pas lieu, la fusion sublime ; le but de la vie est manqué. Il est deux heures de l’après-midi. » Ce court passage est le paragraphe de la fin de son premier livre à succès : « Extension du domaine de la lutte. » Et voilà le dernier paragraphe de « La Possibilité d’une île » sont dernier ouvrage de 2005 : « Je me baignais longtemps, sous le soleil comme sous la lumière des étoiles, et je ne ressentais rien d’autre qu’une légère sensation obscure et nutritive. Le bonheur n’était pas un horizon possible. Le monde avait trahi. Mon corps m’appartenait pour un bref laps de temps ; je n’atteindrais jamais l’objectif assigné. Le futur était vide ; il était la montagne. Mes rêves étaient peuplés de présences émotives. J’étais, je n’étais plus. La vie est réelle. » Ainsi Houellebecq est d’abord prisonnier de lui-même, puis dix ans plus tard son corps lui appartient pour un bref laps de temps. Mais rassurons-nous la vie est enfin réelle ! Ce que j’aime bien chez Houellebecq, c’est cette capacité toute non plus psychologique, ni existentialiste de penser et d’éprouver sa vie, mais bien plutôt simple constat emprunt d’une contemporanéité insoluble ! Mais franchement ! Pourquoi a-t-il écrit froidement que Prévert était un con ? Parce qu’un certain système l’a récupéré, que de la rue il est passé à la dictée scolaire, au chant de chorale devant monsieur le préfet ? Qu’importe se devenir, tout cela passera, mais ses vers eux demeureront, tout comme pour Victor Hugo, Lamartine, Musset, Sand, Daudet et tant d’autres, que l’instruction publique a utilisé dans ses programmes pédagogiques. On peut reprocher, tout au plus à cette institution de n’avoir pas su développer ses propres auteurs, ce qu’elle pensait faire au départ de son histoire… mais c’est aussi un budget ! « J’étais indélivré. » dit Michel Houellebecq avant de terminer son livre. Peut-être croit-il encore aux possibilités de la Délivrance ? – « Je ne ressentais plus en moi aucun désir, et surtout pas celui, décrit par Spinoza, de persévérer dans mon être ; je regrettais, pourtant, que le monde me survive. L’inanité du monde, évidente déjà dans le récit de vie de Daniel 1, avait cessé de me paraître acceptable ; je n’y voyais plus qu’un lieu terne, dénué de potentialités, dont la lumière était absente. » Bref Houellebecq, c’est pas la joie, si en plus il lit de temps à autre Spinoza, on n’est pas sorti de cette auberge espagnole. Et pourtant j’avais beaucoup aimé son petit livre sur « H.P. LOVECRAFT, Contre le monde, contre la vie » sorti en 1991 aux éditions du Rocher. Il racontait très bien cette fascination et cette épreuve quasi physique que procure la lecture des nouvelles de Lovecraft, et je me disais que l’auteur de cet essai, devait être un sacré bonhomme, puis avec le temps, la couverture médiatique et les ouvrages parus depuis, je reste un peu sur ma faim, comme si M. H. était devenu plutôt dilettante en littérature et moins riche en poésie. Que dire d’autre de cet auteur que l’on a, du jour au lendemain, mis aux nues avec tout l’appareil de diffusion que cela sous-entend ! Et ce n’est pas fini, je pense trop à tant d’écrivains de qualité que toujours il faut aller dénicher au fin fond des éditions. Comparativement M. H . est devenu caricatural ! Peut-être aussi que M. Houellebecq est un con, tout bonnement, tout doucement… La mesure des choses, ce serait quoi au juste ? Sans tomber dans le nivellement que procure l’étude des équivalences ; choses et non êtres. Mesure et non pratique. Bref la mesure des choses c’est quoi ? Le problème, mon problème en fait, c’est que je n’en sais rien et je n’en ai jamais rien su, impossibilité de ce côté-là. Et c’est pourquoi ces mots, ces expressions, ces bouts de phrases me viennent tout de suite à l’esprit et m’encombre de leurs questions. Je ne suis pas un être approximatif et je ne me mesure pas aux choses, et elles ne me mesurent pas non plus. En fait, voilà, pour exprimer cette mesure des choses, je n’aurai fait qu’étaler des bribes de textes qui me disent des choses, serait-ce là mon unique mesure ?

04 – 10 – 2008

 

 

                                                                

 

 

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