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L’HERBE DANS LA GRANGE

 

                 Elle disait qu’elle désherbait les esprits, elle disait aussi qu’elle ne voulait pas s’ennuyer,

                 elle habitait place de la Grange aux Dîmes. Elle disait aussi, mais là il faut être perspicace,

                 qu’elle n’avait pas de fantasme. Elle disait, disait surtout et sur tout. Elle disait et disait plein de choses,

                 dans le silence de la maison. Comment d’ailleurs peut-on dire autant de choses, dans la vie de tous les jours.

                 Certains poèmes en prose de Rimbaud me font penser à elle qui disait. Pas de situation, pas de perception,

                 pas de préemption, elle disait et ensuite se rappelait ce qui avait été dit. Pour mieux réfléchir et réfléchir mieux sans doute.

                 Quelle belle jambe cela te fait d’être au tombeau dorénavant, toi qui disait tant et tant. J’ai l’impression que ta situation actuelle

                 ne t’empêche nullement de dire, comme si ta parole ne devait pas cesser ! Moi j’écoutais, forcément et ce malgré les apparences,

                 il faut bien tchatcher aussi, ne serait-ce que par mimétisme ou contagion, car nous sommes si influençables ! Cette influence

                 de ta vie dans la mienne, est comme le lit pour la rivière, il la porte, l’emmène et la supporte, qu’elle devienne filet d’eau ou

                 monstre débordant, le lit sera toujours là, même lorsqu’il est à sec ! On ne peut pas analyser une vie, par contre on peut

                 la supporter ou l’apprécier, s’y tremper les bouts de pieds, ou traverser à la nage pour se rendre sur l’autre rive, dans cet

                 autre monde que tu divises. L’herbe, ton herbe se mit à pousser délicatement par petites franges, sous la grange aux Dîmes,

                 lorsque l’hiver s’en fut et que le temps nouveau arriva, on vit même quelques lapins venir s’y délecter, de ce vert tout tendre.

                 Ainsi l’herbe repousse, même si en désherbant on tue ! On efface une première fois, puis le temps venant, ça recommence

                 tout doucement, tout bêtement comme si de rien n’était… As-tu bien désherbé, as-tu assez communiqué dans ta vie, es-tu partie

                 avec quelques certitudes ou alors comme pour les petits chats, la pelote de laine n’était qu’un jeu de jeunesse, un passe-temps

                  tout nerveux. Car ta pelote fut bien soudaine, ni trop longue, ni trop courte, de quoi s’amuser un moment tout de même.

                 Tricotée par de simples fées, ta petite couverture t’aura tenue chaud un peu, lorsque la chaudière s’éteignait. As-tu apprécié

                 cette fin du monde que l’on distingue depuis les rives de cette Afrique mangeuse d’hommes ! Les contes de la brousse et du

                 désert, ont cela de bien c’est qu’ils ne dramatisent jamais, la tragédie n’en est pas le support. La morale de ce continent, c’est

                 qu’on y passe, trop grand pour absorber, trop sorcier pour y vivre, on y trépasse voilà tout. Avais-tu remarqué que l’herbe y est

                 pareille, car les graminées n’ont pas de pays, elles ont la planète comme champ d’honneur ! Les granges changent d’aspect,

                 mais la dîme est internationale ! Tu avais retrouvé une grange aux dîmes, avec de l’herbe poussant dans le sable au bord de

                 ce grand fleuve. Et tu aurais voulu y désherber à nouveau, cette civilisation du sable et de la torpeur. Faire place nette dans

                 cette Afrique toute floue, pleine de tigres, de lions et de serpents financiers. A quarante ans, on a deux fois vingt ans,

                 c'est-à-dire qu’on est deux fois plus jeune qu’un jeune de vingt ans. Peut-être avais-tu deux fois plus confiance dans ton énergie

                 vitale et aurais-tu pensé que c’est toi qui allait être désherbée ? Désherbée par la foule des mendiants, des tire le monde,

                 des vies sans soif, des enfants sans tartine ni beurre, des arbres à pain et des vipères au poing ! Désherber qu’elle disait,

                 désherber, désherber et puis quoi, moi j’aime bien l’herbe un peu folle des prairies préhistoriques, celles d’avant la cueillette,

                 la chasse et la vache. La grande prairie où l’on peut s’abandonner à la rêverie tranquille durant une après-midi ensoleillée,

                 bien paisible et environné de genévriers sauvages. Peut-être que tu serais encore là, près de ta grange si tu n’avais pas

                  tant eu ce besoin très personnel de désherber ! Peut-être que tu serais passée devant ce cimetière pour y admirer

                 l’entretien des allées, et tous ces gens qui y passent pour enlever la petite herbe qui elle pousse, pousse toujours,

                 malgré les désherbants et les sables de l’Afrique mangeuses d’hommes. Voilà, près de la grange aux Dîmes, continue

                 de pousser une petite herbe, toute simple, pas vilaine et dans l’ensemble d’un vert tirant plutôt sur le tendre que sur le

                 vif ! Voilà, on part, on part, et puis on revient bien un jour, mais cette fois définitivement. D’ailleurs on en parle encore.

                 Elle qui aimait tant désherber les esprits, est partie avec l’herbe et son désherbant, ne reste plus que la terre, cette terre

                 où l’on continue à faire des chemins sur lesquels on étale de petits cailloux, une sorte de gravier pour que l’herbe y repousse

                 bien moins rapidement ! Et sur ces chemins, nouveaux, que tu n’auras pas connu, il fait bon se souvenir de la femme qui

                 désherbait les esprits, de celle qui croyait ainsi entretenir son jardin et parcourir le monde, son monde.

                  Celui de la Grange aux Dîmes.

                  05 – 10 - 2008

 

 

                   

 

 

 

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