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François Halie ou le Point d'Orgue

 

François Halie Ou Le Point d’Orgue

 Il fait froid sur les routes en cette fin du mois de janvier 2008, le ciel est bas et gris plombé en cette fin de journée, je viens d’Angoulême où il fait plus doux en ce moment. Je cherche Marcilly La Campagne après Dreux et m’égare du côté de Marcilly sur Eure, mais je trouve et finis par être accueilli par mon ami François que je n’avais pas revu depuis les années 1992 à Paris. Pour résumer : J’ai connu François lorsque nous exposions ensemble à l’Hôtel Méridien de la Porte Maillot en 1981 par l’intermédiaire de marchands douteux, nous avions aussi exposé dans le même salon de la Jeune Peinture/Jeune Expression au Grand Palais, mais sans nous connaître à l’époque… cela fait déjà bientôt vingt-six ans et beaucoup d’eau est passée sous les ponts de Paris. Il vint chez moi à Neuilly sur Seine où je peignais, puis j’allais chez lui dans son petit studio de la rue Saint Martin qui donnait sur le Centre Georges Pompidou, j’aimais bien ce lieu faisant partie d’une rénovation d’un vieil immeuble. En ce temps là François travaillait une technique très hyperréaliste bien présente dans les galeries parisiennes de cette époque. J’aimais bien cette peinture porteuse d’imagerie toute contemporaine, des robinets, des canettes de soda, beaucoup de reflets, en un sens ces peintres nous ramenaient à l’esprit et à la lettre d’un certain figuratif très exact et poussé qui contrastait autant avec les Abstraits qu’avec les Surréalistes, un peu un dernier avatar tardif du Pop Art mais avec un retour à la Peinture ; ses techniques et sa fine matière attachante. Puis en 1984 je déménageais et nous nous perdîmes de vue durant six/huit ans je ne sais plus très bien, il retrouva ma trace et nous nous rencontrâmes à nouveau au début des années 90 à Paris, entre temps il s’était marié et avait eu deux enfants, j’allais à deux expositions où son travail s’était profondément transformé, une patte bleue parfois stridente était apparue autour de thèmes issus de la mythologie Grecque empreint d’un onirisme rappelant Chirico dans sa dernière période. Bref François avait changé et sa peinture suivait le mouvement ou peut-être est-ce le contraire car l’homme est discret, une vraie tombe ! Puis un jour je reçu à l’adresse de ma maison de campagne près d’Angoulême un carton d’invitation à une de ses nombreuses expositions, cette fois-ci du côté de La Flèche en avril 2001, le tableau alors représenté sur le carton était encore d’une nouvelle veine ! Une femme à la peau blanche était apparue ! Assise à une table, entourée d’une nature morte au verre de bière, avec en arrière plan : une fenêtre d’où un paysage fait de falaises de craie toute normande appelait à la ballade ! François pénétrait enfin, après beaucoup de « soupirs » dans son Point d’Orgue où la note issue de sa peinture semble maintenant produite sans limitation de durée. Ce n’est qu’à la fin de l’année 2007 qu’après des recherches sur Internet je retrouvais sa trace et repris contact avec lui, d’où ma venue à nouveau dans son nouvel atelier et ma très grande surprise d’y découvrir une superbe peinture d’où se dégagent de grandes qualités de peintre arrivé à maturité ainsi qu’un charme et une ambiance très attachante et que l’on ne trouve maintenant que chez François. Il semblerait que ce XXI° siècle commence bien question peinture ! Enfin un art éprouvé, parlant tout seul de cette petite musique toute secrète qui a envahi l’esprit de François depuis le début des années 2000. François, dont les enfants sont maintenant grands, vit avec sa nouvelle compagne : « Véronique », dans une grande maison en bois construite d’après ses dessins et maquettes, on voit là la volonté d’un esprit de diriger la matière, de lui faire prendre les formes et les fonctions voulues ! Il s’y chauffe au bois durant l’hiver et fait ainsi une sorte de sport de bûcheron, maniant la tronçonneuse et la hache pour calibrer ses bûches. François n’a pas cesser de peindre et sa production est phénoménale sans perdre en qualité ; de une à deux toiles par mois, dont la limite de formats demeure la place dans la voiture pour leur transport! C'est-à-dire le 80 F (146 x 114 cm) ! Après avoir longtemps peint à l’acrylique, François fit de grands pastels rehaussés de gouache dans les années 90, puis il s’essaya à une peinture devenue plus « abstraite », dans des teintes « camaïeu », assez proche de l’expressionnisme abstrait des peintres américains des années 50. Maintenant c’est le patient travail de la peinture à l’huile qui accapare toute son énergie. Et qui lui permet de réaliser ces si chaleureuses composition à base de terres, de brun Van Dyck, de violet de mars et de noir de pêche où se détachent certains rouges et bleus de Prusse, devenus plus discrets. Le soir de mon arrivée nous avons soupé, puis dîné avec Véronique qui elle réalise de très beaux patchworks abstraits proches de ceux réalisés par ces femmes des communautés Amish . Ensuite nous avons veillé quelque peu tout en parlant peinture, et avec François grâce à sa riche bibliothèque de monographies sur les peintres depuis la Renaissance, nous nous sommes penchés sur Degas, Edwards Hopper, Rivera et quelques peintres renaissants italiens. Les affinités et peut-être aussi les influences, (bien que je considère qu’Halie a atteint son indépendance picturale ces dernières années), de François vont de Balthus à Guttuso , avec un grand clin d’œil à Paul Delvaux. Il y a aussi une pointe de cubisme revisité dans ce qu’il a apporté de meilleur à la peinture du XX° siècle. Moi qui en était resté à ses grandes « machines » empreintes des compositions de la Renaissance italienne, je fus très surpris de découvrir cette nouvelle période dédiée à un personnage imaginaire que je nommerai « La Dame de Murcie » en rappel des nouvelles de Noël Devaulx dans lesquelles l’ambiance est tout aussi imaginaire avec une teinte de surréel. Les compositions avec cette femme à la peau si blanche, font penser à des chapitres d’une même histoire développée sous plein de nouveaux angles psychologiques à chaque étape de son aventure. Il y a pourtant un thème qui n’a jamais quitté François c’est celui de la mise en scène du « Peintre et son modèle » que l’on retrouve au cours des diverses périodes. Les natures mortes sont très présentes, ainsi que la fenêtre ouverte sur une ville toute faite de toits, de cheminées, de rues tortueuses, d’arbres isolés. François ne peint pas d’après le motif, toute cette peinture est issue de son imaginaire, toute mentale, faite d’analyses et de rythmes aux compositions bien comprises, issus de petits croquis plein de directions et de mouvements, que je me suis empressé de photographier. Véritable banque de données de toiles en cours et à venir ! Le coup de crayon est sûr, le trait est précis et délicat, et fait plutôt penser à des notes de musique, d’une douce partition pleine de recueillement et de savoir faire. A cinquante trois ans, François a atteint sa plénitude et n’est pas prêt de décrocher de son chevalet, la veine est profonde, large et aux voies magnifiques. Cette œuvre, à mon sens est porteuse d’un important message ; celui d’une Peinture enfin bien comprise et très bien réalisée qui mène à la flânerie, à un regard rêveur autour de cette fameuse réalité toujours empreinte de riches émotions et faites ici de rapprochements, de délicats éléments qui vont aux sources de l’esprit. Il y a presque dans cette expression de son imaginaire une présence médiumnique incarnée par cette femme aux poses tout à la fois détendues en même temps que très charnelles. Chez François il y a de l’onirisme au parfum de mythologies anciennes, ainsi qu’un certain Eros bien senti et exprimé, la femme y demeure sensuelle, tout en étant rêveuse… Le lendemain nous avons passé une bonne journée à retourner, étaler, dévoiler tous ces trésors de patience et de peinture, je fus sous le charme et avoue m’être à nouveau perdu dans toute cette profusion d’œuvres aux ambiances si envoûtantes… Je passais des « Passagers » à « L’attente », en découvrant « Tria fata » (les trois fées en latin), puis une « Mélancolie », des « Veilleuses », et encore « La collecte des ombres », les « Sylphides » de 2007, « Entre deux mondes », « Point d’Orgue », « Le banc public », « Pleine Lune », et « Point de départ », aussi « Immuable », « Soupir » et « Le Café des Arts » où apparaît Picasso vieillissant ! Bref ce passage chez François était la bonne surprise de ce début de l’année 2008 ! Enfin de la peinture et de la bonne ! Je ne pus résister à lui acheter une toile que j’aime beaucoup et qui va lui manquer ! Il a hésité puis est revenu sur sa décision et me la céder à un prix fort abordable, trois fois moins que celui d’une galerie. Allez chez François, prenez rendez-vous, regardez bien sa peinture et acheter, avant qu’il ne soit trop tard ! Car ce genre d’œuvre finit par chiffrer très vite ! Il est encore temps de discuter un peu peinture autour d’un verre de pastis, et de le suivre dans son atelier où sont présents le chevalet et la planche de travail qui date de la rue Saint-Martin ! Et ensuite (et je cite Georges Braque), « Méfions-nous (car): le talent est prestigieux. » Je ne peux résister pour conclure à retranscrire ce passage de la Dame de Murcie : « Ai-je renoncé à retrouver l’apparence de cette créature ? A y bien réfléchir, le rapprochement qu’on eût pu suggérer avec certains hybrides des mythologies orientales fait bon marché de la distance infranchissable entre la richesse de la vie et ce qui n’est pour moi qu’une combinaison intellectuelle. Alors que la sphinge, la lamie accusent les contrastes qu’elles veulent harmoniser, tout, dans la Dame de Murcie, manifestait une unité, une nécessité infrangible. Sans doute eût-on pu admirer sans fin l’aisance musclée des hanches, à la limite du fauve et du rapace, où naissait la plume duveteuse dans un pelage d’un blanc immaculée ; sans doute ai-je longuement contemplé des lèvres dont la chair et l’arabesque m’étaient également nouvelles, mais ces traits s’effacent dans mon souvenir devant une présence impérieuse. A quel point je fus alors changé ! Il me semblait participer d’une nature plus qu’humaine, et jusqu’à-là n’avoir entretenu avec le monde que des rapports trompeurs. » A Marcilly La Campagne se développe et se fabrique du bout des pinceaux, un nouveau Point d’Orgue de la peinture de ce début du XXI° siècle, il était temps…

A Lanville, ce lundi 18 février 2008

Nicolas Fürstenberger

 

 

 

 

 

              

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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