François Augiéras ou le Sac à malices  
 
Accueil
 
Nos produits
 
Contact
 
LIENS
 
LA PRESSE
 
LE SUPPRESSIONNISME
 
CATALOGUES DE NICOLAS FÜRSTENBERGER
 
CATALOGUE FRANCOIS HALIE
 
CATALOGUE ALAIN NADAUD
 
CATALOGUE VALERIE SELZER
 
CATALOGUE PIERRE FURSTENBERGER
 
Petit Catalogue Yves de Saint-Front
 
Petit Catalogue Henri Jeannot
 
Petit Catalogue de François Augiéras
 
PRESSE Alain Nadaud
 
Biographie d'Henri Jannot
 
Nadaud: Trompe l'oeil et Trompe la mort
 
François Halie ou le Point d'Orgue
 
Pierre Fürstenberger - Topo
 
François Augiéras ou la Sac à malices
 
Sa Cousine était à Vapeur
 
Yves de Saint-Front
 
LETTRE DE PIERRE 1951
 
DES CONDITIONS PREALABLES
 
La couronne d'épines
 
Orgétorix au Printemps 58
 
HIC NOX NOMEN MUTAT
 
Traces et signes
 
Tméni
 
LA VRAIE PAIX
 
Michèle Protin ou l'eau vive
 
Secrets d'Atelier de François Halie
 
Tableaux de l'année 2008
 
L'HERBE DANS LA GRANGE
 
LE DERNIER TABLEAU
 
LA PETITE NATURE MORTE
 
A L'UN PAC A DIX
 
La Bibliothèque de la Casse Mystérieuse
 
REVELATION OU REVOLUTION
 
Autour d'Yves de Saint-Front
 
1981 CONCERT DE P.I.L. à Paris.
 
Le Cirque de cette Vie au mois de mai 2009
 
La tête de cheval bleu
 
L'Ami Paul Placet
 
MANIFESTE DES 101 DAMES A CHIEN
 
TIM RAY
 
François Augiéras - Manifeste 1953
 
MATER NOSTER
 
Ariel Kyrou ou le retour de l'humain.
 
Petit Catalogue de J-M. YON
 
JEAN-MICHEL YON PEINTRE
 
Décès du peintre Yves de Saint-Front.
 
Catalogues N.F.
 
Le Virtualiste Pascal Schmitt (1957-2013)
 
Me Cormo sur son monde perché...

 

François Augiéras ou « le sac à malices »

« Je n’invente rien, et ne lâche jamais le réel, qui dépasse souvent la fiction ; car, à la fin de ce siècle, on négligera les romans, pour ne retenir que les récits authentiques, témoignant que certains êtres, avec ou sans l’approbation de leurs contemporains, auront vécu intensément une charnière des Temps. »

Nous étions là, à cette césure du temps, assis au fond de cette grotte avec un journal blanc étalé comme un linge aux souillures improbables, à côté d’un livre à ressorts et à barreaux dédié à la fée Électricité ; un Ange, une mouche, un vieil écrivain homosexuel décati. La tierce épreuve se construisait là après trente et une journée passée sur Terre avec un chapeau en guise de tronc, le gain y était faible… Il y eut ce jour de tempête, puis de mort soudaine, puis rien, plus rien si ce n’était cette occupation à construire. Ils sont tous passés là, au coin du feu que la pluie de peut éteindre. Là, parce que leurs pas les y menèrent, dans l’obscurité la lumière rassemble. Il n’y a pas eu de trente deuxième journée et encore moins de solutions possibles, tout cet abandon après cette visite éclaire et longue pourtant de toutes ces plaines, rivières et villes peuplées, mais de quoi ? Toutes ces bibliothèques emplies de chercheurs aux profils troubles, toutes ces tours pleines de fichiers perdus, toutes ces vies vides de rayons, de chaleur, d’énergie. L’abandon n’était pas dans cette grotte, la pensée y malaxait son butin, le miel se fabriquait silencieusement, peu à peu la nuit se fit et les bruits se firent plus sourds et lointains. Saint-Augustin n’avait pas confiance en ce lieu, François le vieil écrivain homosexuel décati ne ruminait plus de phrases dans sa tête. A l’écoute de l’énergie astrale, il savait les temps venus des vraies retrouvailles entre l’homme d’avant le Christ et l’Univers. « C’est l’Homme d’avant Moïse qui remonte en surface : sa tombe ouverte, il appelle ses Fils… Nous sommes entrés dans le Verseau au milieu de ce siècle : il y a résurgence de l’âme ancienne depuis que la Terre s’avance vers de nouvelles régions de l’Espace ; et, ce fait nouveau, imprévisible, appelle une mutation décisive qui sonne le glas du judéo-christianisme ! » Le problème des zones de résonances. L’Ange ne reprit pas de thé et conçut un plan dans son crâne où mille sons de corps de garde résonnaient bruyamment ! « Qu’est-ce que la vérité ? » avait répondu en bon sceptique Pilate aux paroles de Jésus, qui étaient : « Je suis venu pour rendre témoignage à la vérité ». Ici, l’Ange ne pensait pas à la vérité, mais mieux à la qualité de cette réponse du Procurateur Pilate, restée célèbre. Que l’on essaye de venir à lui ou qu’on le rencontre, le Christ annonce le Royaume, celui du cœur humain ! Ce qui suivra ne sera plus que le passage de la parabole à l’allégorie ! Le plan de l’Ange était un peu celui-là : Rendre à Pilate la monnaie de son scepticisme hellénistique ! L’Ère du Christ est peut-être finie, et celle de Pilate aussi mais les rayonnements solaires et les radiations cosmiques, elles, n’ont pas de fin. Que lui était-il arrivé ? La fin de son périple sur Terre s’achevait simplement dans un lieu de non-réponse, pas un lieu de définition, mais plutôt une parenthèse silencieuse placée entre le charlatanisme et le chamanisme, qu’en penser, que croire après toutes ces recherches patientes. François, lui, ne pensait plus car son divorce d’avec le réel ne datait pas d’hier ! La mouche, elle, grignotait tranquillement ! « Qu’est-ce que la vérité ? » Est-ce bien toute la question ? Des millénaires d’écriture génétique, de phrases de vie transmises de générations en générations pour en arriver là ! C’est idiot, ça n’a pas de sens ! Se dit l’Ange, et oui la lassitude doit être le lien entre toutes ces vies. Momies pharaoniques, Saintes Catholiques imputrescibles, mouches internationales, ondes cosmiques, ère du Verseau et oui et après, et alors ! La mort n’existe pas, voilà le seul mystère ! La fin n’est pas au rendez-vous des âmes. Je suis l’Alpha et l’Oméga, c’est dire aussi quelque part que le début et la fin sont une même et unique chose. Tout dépend du moment et de l’endroit d’où on s’en aperçoit. L’éternité c’est le présent en marche. Et moi qui ne suis pas éternel, je ne marche plus. Les ensembles complets de paroles incertaines qui sommeillaient au fin fond des cervelles, formaient comme une pyramide solennelle érigée là, au milieu de nulle part. A la fleur de l’eau, dans le dédale des aurores glauques ; tandis que s’en va le lendemain, je puis penser à toi qui n’est pas. Les corbeaux volent bas, un peu comme ceux représentés dans les dessins d’enfants. Fines moustaches noires dans un ciel gris. Te souviens-tu de cette nuit où ils nous fallu réinventer les minutes. Nausées sans saveur, les âmes s’effaçaient , et les nôtres restaient dans un monde rose orangé et noir, marié à une électricité sauvage. Les âmes se séparaient puis se retrouvaient plus loin dans une forêt aux anciens noms. Il retrouva sa semblable en tout point, au hasard des chemins et du Temps, quelque part entre ciel et terre, quelque part entre rires et pleurs, quelque part entre mensonges et vérités, quelque part entre enfants et faux compagnonnages, quelque part entre deux cimetières sortis de nulle part, sous la tutelle des croque-morts et le sourire des idiots. Il ne savait plus que cela était possible, que quelqu’un de cousin puisse surgir du néant et se manifester, erreur des faux contemporains, des squatters du sentiment, grand coup de pied dans cette fosse à manches, ces trous d’ucs écervelés. Enfin seuls et pas perdus puissent – ils se dire communément après temps de cheminements incertains. Leurs traversées des rivières, des chemins toujours creux avaient enfin donné du corps aux liens ténus de leurs espoirs. Qui des deux en rira le mieux. La pluie qui avait cessé, ruisselait maintenant en larges flaques grises que nul ne semblait remarquer. Les hommes étaient quelque part, leurs yeux avalés, leurs regards, leur énergie absorbée par des millions d’écrans cathodiques, dont il fallait pourtant entretenir le souvenir pour d’autres un jour. Les mouches, les fourmis continuaient leur conquête de la Terre sans erreurs. François n’avait plus la main sur son destin, il disparaîtra comme une mine qui s’enfonce dans une terre trop glaireuse. Nous sommes dans une forteresse volante anglaise des années quarante au dessus d’importantes zones urbaines, en dessous les enfants rentrent de l’école et il reste deux ou trois tonnes de bombes à larguer, que faire si ce n’est exécuter les ordres qui eux sont formels et mènent à la victoire, au but. Peut-être larguer un petit bout de papier pour ceux qui pourront encore lire, où on explique que c’est pour le bien et la raison qu’il faut mourir là. C’était un signe du destin que ces deux là dans leur chambre d’enfants, ne furent pas écrasés sous leur maison, car leur progéniture pourra avoir lieu et se rencontrer elle aussi, on appelle ça le présent… Augiéras avait-il entrevu toutes les possibilités depuis sa grotte du début des années soixante-dix… l’occupation commençait qui allait grandissante, la résistance aux aliénations s’organisait depuis bientôt trente ans. Il n’était plus seul par les chemins des plaines trop peuplées d’incertitudes. François Augiéras s’ennuyait ferme, et son thé, et son feu et sa mémoire, tout s’était éteint depuis belle lurette, il ne restait plus même le souvenir du souvenir d’un souvenir de son passage dans la mémoire des hommes, avait-il existé ? Est-ce qu’il y a quelqu’un d’autre, dans cette grotte qui a pu l’observer il y a cinq minutes encore, autour du foyer ? Rester seul rend invisible sans doute. Il y eut comme une petite étincelle blanche qui se mit à tournoyer dans l’espace vidé de chaleur, et puis une obscurité profonde et définitive s’installa soudainement, un silence inquiétant imprégnait chaque centimètres carrés du sol, tandis qu’un froid sidéral se répandait dans les atomes de l’air. L’ère du Verseau était venue et notre inconfort se manifestait par un écho inaudible des frayeurs de la nuit. La mort des innocents avait toujours lieu et l’espoir d’un monde meilleur sans cesse aplati dans un coin du désert des cœurs humains, n’était plus qu’un radotage de psychotique polymorphe. François était mort et avec lui était parti l’étincelle au coin du feu. Son ombre rôdait encore dans la mémoire du sable de la grotte, ma cousine ayant lu cela pensa tout de suite que François était mort… eh oui, pourquoi pas ? D’ailleurs c’est toujours les autres qui meurent, ils meurent par centaines de milliers à tous moments en tous lieux dans la plus grande quasi indifférence maximale du vivant… François meurt officiellement le 13 décembre 1971 à l’hôpital de Périgueux, mais je ne pense pas que l’on meurt réellement lorsqu’on écrit à la fin de son dernier livre : « J’ai le goût et les tendances d’un autre Monde. Et pas l’intention d’en changer pour faire plaisir aux Hommes qui vivent dans un temps illusoire et ne savent rien de l’Éternel. A Domme, je ne tiens aucun compte d’une civilisation qui n’est pas la mienne ; une civilisation condamnée, morte, sans contact avec l’Univers – Divin. » Peut-on vraiment mourir à ce monde lorsque on n’est pas vraiment de ce monde… Oui il meurt comme meurent les vents du désert, comme le granit qui redevient du sable, mais sincèrement on en reparlera dans quelques millions d’années, dans ces vastes temps sidéraux, on ne meurt pas, on rejoint une énergie sans cesse plus présente au cœur des hommes, la lumière qui nous parvient à travers le temps et l’espace est aussi simple que le passage de la vie à son trépas, il n’y a pas vraiment de rupture entre un homme mort et celui qui connaît sa mort pour l’avoir vécu et accompli, la vie n’a pas de fin hélas, voici tout le mystère, a-t-elle jamais eu un début voilà pour l’énigme. Les bouffeurs de curés n’ont pas de couilles pour faire sauter Notre-Dame de Paris, leur patrimoine est plus important que leurs convictions, elle n’est pas jolie la Révolution Française, la carte postale est valeur universelle, les nouveaux riches ont remplacé les marchands du temple. François mort, oui pour ceux que la mort concerne ! Ceux qui pensent mourir un jour, n’ayant par là jamais été bien vivant en eux-mêmes, alors oui la mort pour eux est une solution de dépannage, un simple échange standard de bloc moteur, les casses du monde entier son remplies par ce point de vue là, ceux qui traînent dedans ne sont ni vivants ni morts, ils sont simplement coincés dans une parenthèse assez brève qui ne leur permet guère d’imaginer d’autre champ d’épandage à leur vie en déshérence. On est vivant pour toujours et ne meurent que ceux qui ne sont pas nés. Oui François est mort parce que tu le veux bien, mais pour lui je ne pense pas qu’il se dise encore mort, oui il meurt à un instant précis mais après qu’elle option a-t-il choisi : Il se dit, tiens je suis mort, qui qui dit mieux ? Ou alors il se volatilise comme une pure énergie éthérée et sans saveur, ou encore c’est à ce moment là qu’il réalise qu’il n’a pas existé et ne peut pas disparaître n’ayant jamais été, sans doute que nous n’existons pas aussi. Voilà le problème résolu, on n’existe pas donc on ne peut pas disparaître… Est ce que le fait d’écrire cette histoire prouve que j’existe par la même occasion, disons pour arranger tout le monde que François Augiéras meurt bien un jour à tel instant, mais qu’il n’est pas un mort au sens qu’il est alors définitivement exterminé du vivant. Peut-il y avoir une solution finale à la vie, l’existant ? Par la mort et par delà la mort. L’on meurt bien mais rien ne prouve que l’on demeure ce mort si arrangeant, au delà de cet événement. C’est un peu l’histoire du bruit de l’arbre que l’on coupe avec une scie et que l’on entend seulement sans le voir ce qui nous convainc qu’il est bien coupé. L’expérience n’est pas la panacée de la connaissance, la mémoire ne va pas au delà du constat, nous sommes les dupes de cette possibilité. Quand je serai mort je ne le saurai pas. Combien de temps faudra – t – il faire l’aveugle en pleine lumière, éteindre l’ampoule pour mieux y voir, passer par la fenêtre alors qu’il n’y a pas de murs ? Courir alors que le paysage bouge, avancer quand le train recule, monter à la cave et descendre au grenier, couper l’herbe dans un champ de sable, se rabougrir la tête parce que le port du casque de protection du chantier de la vie est obligatoire, si on meurt c’est pour faire du commerce, c’est prouvé et ça sauve des emplois, les fonds de pensions des veuves irlandaises ont résolus nos angoisses et en faisant du jus de monnaie. François Augiéras meurt comme plein de gens dont l’existence ne mène plus à cette vie… mon frère est mort de cela aussi, une vie qui ne mène plus à une vie, cela vaut-il aussi pour leur mort qui ne mènera qu’à la mort, la belle affaire que cette histoire où celui qui est devant une porte raconte ce qu’il y a de l’autre côté sans jamais y pouvoir pénétrer… et affirme que ne pouvant rien y voir, il ne s’y trouve rien forcément. Mais il y a des forceurs, des huissiers, des serruriers, des spécialistes qui nous attendent forcément avec le recommandé et la mise en demeure en trois couleur, pour au dernier instant nous faire bien suer… et si vous vous trompiez de porte en fin de compte, et si ce n’est pas une histoire de porte mais de sens d’ouverture, entrée ou sortie cette porte, hein ! Ouais, c’est bien pratique de dire de quelqu’un qu’il est mort car comme ça on se dit vivant, ce qui n’arrange rien à mon avis, c’est plutôt dans l’expression de la souffrance que l’on voit combien il est délicat et inopportun de vivre avec cette certitude d’être du bon côté, lorsque l’on souffre de vivre, alors la mort est attendu comme la seule délivrance, penser à cette possibilité avant de se croire du bon côté avec le bon constat en bon et dû forme et au bon moment. N’est pas mort qui veut, n’est pas vivant non plus qui veut bien le croire. Mon royaume n’est pas de ce monde disait-il… le roi d’un monde qui n’existe pas, qui n’est pas perceptible ou qui n’est pas de notre entendement seulement. Va savoir, la belle affaire que de mourir dans un hospice pour indigents , alors que l’on effectue un simple essai d’occupation. Un essai d’occupation… une vie c’est tout. Sommes-nous assez occupé par cet essai d’occupation, allons-nous voir ce que l’on regarde, entendre ce que l’on écoute, sentir ce que l’on respire, saisir ce que l’on touche, rendre ce que l’on prend, donner ce que l’on trouve, augmenter ce qui diminue, ouvrir ce qui se ferme ou fermer ce qui s’ouvre ? Essayons-nous vraiment à cette occupation ou occupons-nous à cet essai ? Je l’ai vu ta Bastide, tes lieux interdits, ce foutu village de touristes attardés. J’ai fait le pèlerinage trente ans plus tard, en souvenir de toi, mon pauvre François. La France de 1971, mon vieux c’était quelque chose de bien sinistre. Ses flics, ses médecins et ses hommes politiques. Le monde de 1971, une catastrophe post nucléaire. 2001 n’est pas mieux lotis. Ton église de bigots est toujours là, sauf qu’il n’y a plus personne pour y correspondre. Ton village est mort, ne s’y trouvent plus que restaurants pour hollandais et boutiques de pâtés périgourdins pour européens. Ânes et manèges sur la place, parcmètres pour dix places angoissantes à dix francs l’heure. Café devenu glacier. Habitants qui ressuscitent Josèp Durand (1892-1989), lo poeta occitan qui naquit dans la maison en face de la porte de ton hospice que l’on rénove. Le résistant M.O.I. sorti de son lit d’hosto pour être fusillé à sa plaque bien fleurie, on a rien oublié sauf toi, pauvre bougre qui se demandait à la fin si ça ne serait pas mieux de finir moine orthodoxe au Mont Athos. Ah la gamelle ! Ah la DASS ! Ah la belle affaire avec quelques bouts de fer tendus vers les étoiles ! Ta grotte est belle, j’espère que tu t’y es plu, car on ne peut souffrir en un tel endroit si harmonieux. Ton ami Paul Placet fait paraître enfin un recueil de tes lettres, on peut se replonger dans ton kaléidoscope mental, dans ta mortelle solitude astrologique. La grotte de la Bastide de Domme t’a offert un dernier cadeau terrestre, son intemporalité merveilleuse, d’une impeccable gratuité exacte. J’ai cru te croiser, te sentir, t’observer, te renifler, toi qui attendait cet avenir, cet homme futur, différent et autre, te voilà garni, il t’observe et n’y trouve pas la force ni l’énergie que tu n’a qu’entrevu mais peu produite. Domme est un lieu magique, unique. La raison de ton séjour s’en trouve augmentée. Les chevaliers dansaient au creux de la pierre tandis que le feu craquait et que les petits vieux de l’hospice bavaient quand passait l’évêque et sa pourpre. Tu n’espérais pas, c’est ce qui te sauve de la fétide croyance. Les hommes ont vite fait d’appeler le gendarme pour résoudre leur malaise de civilisation et Pilate s’est suicidé quelque part en Roumanie, un jour de lucidité. Jésus était bon pour le laboureur, mais le chasseur lui, il lui faut les astres ! La civilisation sort de la grotte pour y revenir en courrant, l’homme n’est pas là, pas dans l’impôt, pas dans le béton, pas dans le char et le missile, il est toujours bien ailleurs forcément, la ruée des sentiments ne mène qu’au cimetière, qui n’est qu’un dépôt d’ordures bien évidemment. Le seuil, c’est l’eau, le vent et le soleil, le reste c’est du remplissage de coffres, de l’étouffe crétin de premier choix. Les papes sont de tous temps et de tous continents. Le faible qui arpente son grenier dans l’espoir d’être entraperçu n’est qu’un songe de mouettes rieuses. Le grenier de François était empli de simples poussières d’or, que notre époque confond avec la richesse, alors que c’est la réalité, l’évidente, la claire réalité. Dans l’air rouge du temps il y a cette poussière qui flotte imperturbable dans les rues de toutes les tristes villes des hommes, l’Ange le sait bien qui passe son temps à s’en brosser. L’or, ce mirage aux alouettes de la triste respiration du vivant étourdissement de notre souffle précaire, de notre mendicité mentale. Des hommes que tu interroges s’occupent bien de toi, ta grotte s’est peuplée d’âmes sœurs, tu deviens celui par qui l’avenir ouvre un peu sa porte, ce courrant d’air libre qui est là et que tu as vu, entendu et compris cinquante ans plus tôt. La faille temporelle de 1914 s’est enfin close par ton étonnante faculté à voir l’invisible, Domme, ton dernier atelier pour ainsi dire, celui depuis lequel tu as pu témoigner de cette communion de la terre d’avec les astres. Pour d’autres ce sera la pleine mer, pour toi ce fut ce Périgord chargé de magnétisme. Le temps serait un peu comme une maison occupée depuis son origine par des personnes dont on ne connaît plus ni l’existence, ni la disparition. Des vies entières s’écoulant sans plus communiquer entre elles. Visions d’Augiéras, séjour de Georges Catelin dans les plaines nord américaines du début du XIX° siècle. Il serait souhaitable de prendre conscience que l’homme peut plus encore, que nous avons besoin de formes exemplaires, compensation nécessaire en regard, peut-être, de la résurgence de la torture qui elle aussi nous modifie, qui nous pousse vers l’abstraction, vers la rupture en Art comme en Littérature ; qui dit rupture, fatalité ; dit aspect fragmentaire, isolement du signe, géométrie très inventée ; cela nos peintres le savent depuis Cézanne… L’agression qu’est l’Art moderne préfigurait la modification de l’Esthétique. Les fruits délicieux d’un prunier sur le chemin de ta grotte, sont pour moi le signe de la réussite de ton intuitive faculté à voir que la vie est tout de même généreuse dans sa permanence naturelle et qu’elle n’a pas grand chose à voir avec nous, l’humain que tu as enfin compris devait être cet être naturel viable pour tous les temps et qui n’est pas définissable, réductible à un quelconque langage commun aux opérations du chiffrage mental. Des avions viennent tous juste ce matin d’être détournés et ont explosé contre les deux plus grandes tours de New-York. Je ne croyais pas si bien dire, en pensant que votre race allait disparaître. Étrangement aucun scénario de livre de science fiction ou de film catastrophe n’avait encore pensé à cela. Par contre ces évènements confirment certaines visions que j’ai eu depuis bientôt vingt ans. Certains vivent les évènements avant qu’ils se réalisent. L’époque est à la bannière étoilée comme dernier refuge de l’irréalisme, la peur de la bombe « ABCDEFGH » ou des « GERMS » améliore le taux de contradiction ambiant. Je pense plutôt à tous ceux morts le 15 septembre 1943, en pensant peut-être à l’existence d’un lointain futur radieux… Dans nos banlieues rode toujours le spectre anonyme de tous ces oubliés d’un jour, morts d’avoir été là à un moment donné. La technique n’a plus d’adversaire et elle devient inutile face à l’art consommé d’un simple artisan. La mort du commandant Massoud fait plus de peine au cœur des résistants que la fin de deux tours pas belles du tout. Les amis partis ont été empoisonnés, assassinés. Nous voilà bien ! En ce début de XXI° siècle avec cette épée de la guerre des étoiles suspendue au dessus de nos têtes, en guise de lendemain qui chante. Oui nous voilà bien, et mon ange le savait qui promenant ses yeux à la surface de la terre, ne trouve plus sa maison, sa grotte solaire pleine d’une respiration éternelle. L’univers, intelligent, élimine ce qui le perturbe. Adieu cannibales des âmes et meurtriers de la terre. Je voyage dans le temps car c’est l’unique endroit qu’il nous reste qui ne soit pas encore bousillé. Les éléments déchaînés par quelques obscures molhas retirés dans des grottes afghanes, ne rejoignent pas tes visions de feux de la Saint-Jean. Ta fin est pathétique, Paul Placet te décrit bien durant vos dernières rencontres… un fantôme, une ombre dérivant d’hospice en CHU. Une fin que j’aime bien, le manque total d’organisation du rêveur absolu, une déroutante panade où la mayonnaise ne peut pas prendre. T’aurai-je connu trente plus tôt, tu n’aurais pas pu produire en moi ces deux grammes de confiance qui aurait pu te soulager. Et pourtant quelle vie, quelle fin. Un énorme ego fait à la mesure de l’univers, inventeur de nouvelle civilisation inconnue, précurseur d’une intelligence plus mentale que sociale. Mais aux abois ! Mais clochard prétentieux et malin, il le faut, tu as raison. Pauvre François, pauvre Périgord qui passe de la préhistoire au tourisme intégral. Quoi, travailler, devenir bête, sauver sa peau, vendre ses couilles pour finir pulvérisé dans des tours de bureaux d’une hauteur de quatre cent mètres chacune. Quel hallucinante fin. Après la jungle, le chaos que l’on ne maîtrise plus. La planète sud devenu la terre d’aventures d’Action Man. Nous avons la médaille d’or de la connerie pour plus de mille ans monsieur Adolphe. Et des grottes de la terre entière sortiront toujours des visions taillées à l’échelle de l’univers. Quoi, ne pas travailler, ne pas dépendre pour apprendre sa cervelle, mais pas d’amis et la moindre maladie qui te terrasse comme un gueux sur le chemin du composte. A la belle affaire, quel luxe cette liberté de mendiant, cette liberté fatale, cette fine poussière qui t’alite et ces belles prunes que tu ne peux plus goûter. Ton aventure est celle de l’homme riche et innocent qui n’aimait pas les hommes devenus ces contribuables de l’insuccès. Les hommes, ces éphémères dont l’ombre est emplie de ténèbres bien plus maudites. Hommes d’une vision unique, d’un intuition monomaniaque. Que faire de cet ange qui ne peut pas rêver mais qui ne cesse de voir, d’entendre et de raconter. Que faire de François Augiéras, l’homme qui faisait l’amour aux arbres et recevait la semence de l’univers. Que faire de l’homme du livre des morts. Que faire de l’homme, il n’existe plus. Je suis venu seul dans ce lieu où tu as été si seul mais si proche de nous, de tous en un seul embrasement. Il est tôt ou tard, je ne sais plus, depuis le temps que je suis dans cette grotte, dans « sa » grotte peu m’importe le sens du temps, les directions sont prises depuis longtemps et restent sans appel. Je suis sur des traces à peine palpables, visibles. Les traces de quelqu’un qui aurait aimé en laisser tant et tant, mais là, non – rien ! Une grotte un point c’est tout, on sait qu’il y passa de longs moments loin des hommes de 1969 ou 1970, préférant cette solitude à l’hospice de petits vieux gâteux dans lequel on aurait aimé qu’il fut plus souvent. Hiver 1941, François à quinze ans, s’étant inscrit à quelque mouvement de jeunesse du Maréchal, le voilà enrôlé l’hiver à faire le pied de grue le long d’une voie ferrée à la sortie de Périgueux entre minuit et sept heure et demi du matin, accompagné d’une personne âgée, ils doivent surveiller les voies contre les terroristes du maquis, sans armes, les mains dans les poches. Or malheureusement pour la suite, voilà un clivage plausible, François est visé depuis le remblais par Vincent un jeune maquisard qui rêve d’utiliser son revolver et est prêt à descendre un partisan du Maréchal, à défaut d’un soldat allemand. Vincent vise bien, il s’entraîne avec les rares balles qu’il peut mettre de côté et voilà qu’il atteint rapidement sa cible en pleine nuit, François s’effondre touché au cœur à travers son pancho d’Amérique. Voilà une fin, une possibilité qui heureusement n’a pas eu lieu, mais qui sait… si la face d’un monde n’en aurait-elle à jamais été déformé, caricature de la présente. Des clivages il y en aura d’autres avec François Augiéras, il n’est jamais là où on l’attend, creusant ses propres trajectoires tel un quasar de passage dans le ciel du XX° siècle. - II - Je suis revenu dans ta grotte, deux années plus tard mais cette fois-ci en compagnie de ton ami Paul Placet, magicien de la plume tout comme toi et nous devisâmes secrètement durant une bonne heure au fond de ton sanctuaire tout comme deux conspirateurs. La Bastide étant fermée de partout depuis son rachat par la commune de Domme, nous avons dû escalader les murs et les portes, pour parvenir à ton dernier refuge. Paul est le seul digne de parler de toi comme un ami très cher, durant trente ans il t’a tenu telle une cariatide dans les sommets d’une montagne mystérieuse où seul les initiés parvenaient à entre - apercevoir l’étrange être que tu étais et que tu deviens encore grâce à son travail et à sa fidélité. Ce fut un deuxième temps magique où une partie de toi même revivait grâce à Paul, cet ami que tu auras eu pour toujours. Je l’ai trouvé comme piégé dans une page de roman de science-fiction grâce à tes oracles concernant ton futur, car trente ans plus tard se réalisent tes prédictions. Des gens nouveaux à vous deux s’intéressent à toi comme à un doux cristal aux promesses atteintes, ce dont tu parles dans ton dernier livre, arrive malgré la croûte de fumier de notre civilisation – Nous avons constaté combien les espaces de liberté ont disparu, l’état sauvage même en Périgord c’est fini ! Paul m’a parlé de ta santé, de ta vitalité qui pour lui semble primordial lorsque l’on parle de toi. Tu serais un héros pétant la santé dans un décor à l’échelle du Périgord, et pourtant le cœur à la fin fit cause à part et te décida à calmer le jeu. En Périgord pour écrire, peindre, travailler à ton œuvre, ta tâche, ton moi quasi galactique. Seul endroit pour cela chez toi, ce qui fait de toi un aventurier qui revient à son port d’attache, à ses capacités enfin vivantes. J’ai vu grâce à Paul, cette minuscule niche où tu te lovais pour écrire l’essai d’occupation en surplombant la Dordogne à l’époque car aujourd’hui la vue est pleine de jeunes arbres qui poussent en se poussant l’un l’autre exactement. En face, de l’autre côté Paul me dit qu’il voit Domme depuis sa maison, c’est cet ami, le seul qui vint donc te rejoindre dans tes grottes, celui des aventures, du thé froid partagé, du radeau, de l’île sur la Vézère. Chez Paul, rien du vieil homme, tout du jeune homme qui escalade les murs et les grilles, j’ai été heureux de rencontrer un tel être, ça me rapprochait de vos escapades, de vos prouesses assez sportives, de belles chasses. Ton écriture est si juste, si claire - voyante que l’on a beaucoup de mal à écrire sur toi, tu sembles avoir tout dit, tout prévu, que parfois je me demande bien quoi dire, mais le train file et dans notre wagon nous buvons de la vodka à gogo. Un lien faible me lie à toi qui vécut des mois à Domme, il y a quelques années un ami m’appris qu’il fut de passage à Domme en 1971, et que le copain périgourdin qui l’accompagnait lui fit du coude sur ton passage en disant ces simples mots : « c’est lui ». Lui la bête curieuse venue d’une autre planète, ou lui le fada du coin, bref voilà un petit détail qui donne l’ambiance, comme dit le gendarme : « on vous a à l’œil ! ». Paul qui parle autant occitan que le français de Paris, est un être doué, aux mille facettes, quelqu’un à connaître, il a du t’être précieux et cher tout à la fois, un être à choyer que tu a parfois malmené, mais dont l’indulgence semble mêlé d’une pudeur secrète. Je te dis tu et je t’écris, exactement le contraire que tu me fais faire en te lisant. Le maximum est atteint avec Domme ou l’essai d’occupation car tu me parles dans ma tête comme me parlent mes pensées, une intimité que tu viole au delà de la mort par la simple magie de ton écrit. D’ailleurs tes livres t’empêchent de mourir, qu’elle ironie pour un aventurier, car c’est par le texte que tu es là pour toujours à regarder encore et encore les étoiles, émission-réception, qu’attendais-tu depuis ton poste de radio dans le brouillard sonore des ondes hertziennes, un rythme, un son, un cri, une alarme, va savoir si grâce à toi nous n’avons pas capté le meilleur qui fût parvenu du fin fond de l’univers. Homme ou femme, il ou elle, perpétuel question sans beaucoup de passion, François aura vécu au fil de l’eau, de cette eau, celle de la Vézère, comme mariée avec elle. On rira de l’homme dont l’épouse est une rivière, mais pourquoi pas, d’autres sont bien mariés avec le pouvoir jusqu’à en perdre la raison et parfois la vie, alors ! On rira de ce que l’on voudra. Cette journée avec Paul ton ami, m’a fait découvrir la magie d’un site naturel, théâtre de ta jeunesse, de ta vitalité. Avec Paul tout est observation, évocation, explication rieuse. Dans mon train, si tu montes en classe fumeur tu verras qu’avec moi on voyage aussi, entre le temps, les guerres, les clivages, la fragments d’une casse mystérieuse où l’aventure si surréaliste soit-elle n’est pas une emmerdeuse, à chacun son sac à malices, le tien tenait du prodige, le mien vient après avec les tournevis et les marteaux pour vivre de récupération, je ne suis pas non plus de ce monde, et pas encore dans un autre, mais l’on m’a déjà enfermé plusieurs fois, ce qui ne t’ai pas arrivé au moins. Sain d’esprit et de propos tu n’as pas dérangé les bonnes âmes en charge de la réalité. Tu ne connaîtras jamais la cellule d’isolement, la déperdition du caractère, la folie tout court dans son plus simple épanouissement. Ai-je été fou, suis-je un aliéné, un schizophrène en liberté ? Qui suis-je au fait pour te comprendre si bien ? Aurions-nous été des amis ? Je ne crois pas, des fauves au mêmes habitudes de prédateurs, s’écharpant pour un territoire toujours plus minuscule. Mais je t’aime François car ton regard va très loin dans les galaxies et en rapporte des trésors, des tableaux magnifiques. J’ai l’impression agréable que tu n’aurais pas réussi aucun maléfice diabolique à mon égard, ayant subi des histoires encore plus lourdes que celles que tu provoquais, je suis blindé au grand tambour nocturne, je n’aurai pas pris peur comme Bissière ou Placet et tu serais reparti déçu. Pour moi il y a deux livres importants dans ton œuvre ; La Trajectoire au temps du Maréchal et Domme ou l’essai d’occupation, car ils parlent du début et de la fin, ce qui en dit long parfois. Je n’y vois pas de littérature, juste une expérimentation du moi dans ses infinités. La bagarre certainement, nous nous serions bagarrés en médium, tels deux fauves aux prises avec des rayons de lumières, mais tu ne m’aurais pas absorbé, nous nous serions fâchés à mort bien certainement pour ne pas changer. Tu aurais proposé l’encens je t’aurais suggéré le haschich, peut-être que cela t’ était interdit, le rhum blanc aurait fait l’affaire ou la vodka si pure. Mais visiblement à part l’ortie blanche séchée, il n’y a pas de psychotrope dans ta grotte. Je bois du thé à ta mémoire François, et je ne sais ce qui me pousse à t’écrire, je vois bien que tu n’es pas mort car on parle encore ensemble, même si cela vire au monologue, mais peut importe. Tu as assez d’amis pour m’épargner tes boniments. En 1971 je n’avais que dix ans, l’âge de toutes les énergies et j’était aux prises avec l’école primaire d’une époque où régnait encore l’ombre d’un Général grand par la taille et par les évènements. Tu avais connu l’ombre d’un Maréchal qui régnait sur une France rabougrie et qui t’a indiqué le retour aux champs et à la forêt. Alors que pour nous autres ce sera l’ère d’aller s’enfermer dans les tours de béton et avec comme seuls compagnons ; les froids ordinateurs. Mon Ange à moi est comme le condor, il cible sa proie et ne la lâche pas, jusqu’au succès final, le repas pris en altitude. Il ne fait que réaliser l’idéal de l’aboutissement, la réalisation des fins. François avait les yeux tournés vers les confins du ciel depuis les profondeurs de la terre, ne le décevons pas, il arrive enfin ce temps futur où s’écroule toutes les vieilles civilisations encombrantes, tout le clinquant redevenu poignées de billets de banque. Seuil où ne se mélange pas le renard et le milicien, le héros et le bourreau, le vide et le plein, la clarté des visions et la pertinence des propos, des paroles du XXI° siècle, celui qui commence. « …/….je trouvais de la douceur aussi et une sorte de tendresse dans cette œuvre de l’oubli, de la dégradation, du hasard, des saisons, de plusieurs siècles d’abandon, d’un temps vaste. Comme le mien. » Avec François nous ne sommes pas à trente ans près, il aurait aujourd’hui soixante-dix-huit ans, le bel âge de l’œuvre accomplie, mais sa vie aurait-elle profondément changée ? Devenu moine dans quelque communauté d’ermites orthodoxes ? Ou rester indigent à Domme, devenir un vieil indignent qu’aucune grotte n’intéresse plus. Mais François devait avoir plus d’un tour dans son sac à malice, et il aurait rebondi sur un nouveau livre publié rapidement, mais avait-il cette énergie de passer à autre chose, n’oublions pas que son dernier livre essuya tous les refus. Il ne pleuvait pas dans la grande grotte, il ne pleurait pas sur les refus. François et sa vitalité amoindri par le cœur qui bat la chamade, un aventurier qui cherche son port d’attache définitif ou alors une ombre de lui-même blessé dans son intime santé, au cœur même de sa chaudière. J’aurais aimé le rencontrer ce cher François et lui donner un coup de pouce, un plus, une maison, une paix absolue. Mais non il y a là avec sa mort et ce dernier ouvrage comme un point d’orgue en harmonie avec son trépas. L’essai d’occupation avait fonctionné, et la suite devait forcément demeurer invisible et magique, comme absent à la raison. Un soir d’un mois d’un autre siècle et d’un autre millénaire nous nous assîmes dans la grotte de la Bastide de Domme et la parole, et les gestes commencèrent leur danse de la communication, quelque part dans le silence des hommes, derrière toutes les contradictions, toutes les paroles en l’air nous devisâmes loin de ta mort, loin de ta vie, sur les franges d’une vague appelée Augiéras, nous aurions pu danser autour de tes cendres, tels des indiens rassurés, mais l’œuvre d’un homme ne tient pas que dans un sac à malices, la pensée vivante est fondement de civilisation. Tu en as voulu une à toi tout seul et qui tienne la route longtemps, longtemps après toi, longtemps après la poussière de ton enveloppe terrestre. Nous sommes tous de passage avec notre part de vie qui nous est allouée, que dire d’autre, nous ne ressusciterons pas la totalité. Débuter après la mort c’est bien car il ne reste plus que le diamant . Paul parle avec le flux et le reflux de sa belle voix, d’une douceur inouïe lorsqu’il parle de toi. L’on comprend qu’il fut le seul invité, souhaité à venir te rendre visite dans cet espace, si seulement je pouvais voir ses souvenirs, boire dans ses yeux, me rappeler. Mais non je suis autre, l’inconnu de la dernière heure et Paul lui brasse tout ce qu’il peut pour se bien faire comprendre, visiblement il a eu tout le loisir de réfléchir durant trente ans, à ce que fut ou est votre amitié, j’ai l’impression qu’il en a soupé du Augiéras, qu’il a fait plus que son travail de mémoire, maintenant il veut penser à lui, à ses livres, à son œuvre. Il s’en livre un peu, voulant passer la main, mais quelle main au juste, seul biographe qui veut lâcher sa tâche une fois le but atteint, c’est louable. Il y a à peine six heures nous ne connaissions pas, je l’avais vu sur une cassette vidéo appelée AUGIERAS et il est là, il me parle, je lui avait envoyé mon livre-pensum inclassable incasable La Casse Mystérieuse voilà deux mois de cela, et se parler nous évite une année de lettres et d’échanges épistolaires. Les lettres c’est important, c’est tout ce qui a été publié d’inédit de François, grâce à Paul. Paul avait fini par m’écrire « Qui êtes-vous ? », et oui qui es-tu Nicolas ? Ce futur de science fiction en marche vers François et ses amis, comme il a été prédit à Paul un jour par ce même François qui visiblement avait du flaire ou une énorme étoile, va savoir. Il est tard sur le monde, tous les mondes sont vieux ou fatigués, mais le tien est jeune comme jamais, te voilà jeune au lieu d’être vieux, quelle magie non ! La lumière tombe, l’obscurité se fait sur le monde des vivants, le froid viendra à nouveau chasser les habitants des grottes, mais il n’y a plus d’hospice, c’est un hôpital maintenant, terminée la promenade. Les vieux font la loi, ils sont nombreux et rien ne les étouffe, à part une canicule de temps en temps. Peut-être n’aurais-tu pas passé cette canicule et serais-tu mort au mois d’août 2003. Je suis pour la lumière qui fait l’ombre et non le contraire, les hommes que je croise en sont-ils encore, on dirait des vaux que l’on mène par la queue vers l’abattoir, cette époque me dégoutte tout comme t’a dégoutté la tienne. Appartenons à un autre monde une bonne fois pour toute, ce sera plus simple. Faisons la belle. Les grands yeux de tes personnages peints annoncent-ils cette autre ère qui peut commencer d’un moment à l’autre ? Je sens quasi physiquement ce qu’appelle ces grands yeux, un inconnu féroce mais doux et bon, quelque chose d’inclassable mais d’important. Dans mon dernier enfermement je me suis fait passer pour toi, il s’agissait de monter dans une fusée et de foutre le camp une bonne fois pour toute, je me demande même si dans mon bonheur je n’ai pas dit être toi aux urgences pour avoir la meilleure place, mais mon imagination me perdra, j’ai encore inventé un monde, des mondes qui vont me bouffer pour encore longtemps, tant je ne sais démailler le vrai de l’imaginaire. Je me suis fait passer pour toi persuadé que tout le monde te connaissait, surtout trente années après ta mort au CHU de Périgueux. Tes sacs partis aux Domaines et le mètre cube de livres et papiers dans le grenier de l’hospice de Montignac qui a mis douze ans à disparaître. Ces affaires dans un grenier m’inquiètent beaucoup, les résidus de ta vie étaient là, en vrac, à l’abandon et durant douze ans des mains anonymes ont emmené qui des livres, qui des lettres ou du matériel de peintre, des peintures aussi peut-être. Cet endroit et cette révélation faite par Paul me travaille trop, peut-être parce que j’ai toujours été attiré par les greniers et les restes de vie, je ne sais, mais j’aurais aimé être là au premier instant de ta mort à explorer ce mètre cube de papier, c’est le souvenir de Paul qui me déprime le plus, comment à l’époque tout ce boulot de récupération n’a – t’il pas pu être réalisé. Et cette femme à qui tu écrivais souvent et qui a perdu la quasi totalité de tes lettres, près de 400, tout cela me déprime et m’énerve à la fois, la cruelle réalité reprend son pouvoir lié au hasard et à l’événementiel. Je suis partisan d’une expertise complète de tes prémonitions, de tes oracles secrets, tu as vu que l’on était aller sur la Lune, bientôt c’est Mars que l’on va explorer, nous sommes en devenir, l’œil veut aller loin, au tréfonds des étoiles et il n’y a que le temps du voyage qui nous arrête, sa durée. Je suis pour monter dans les fusées et partir à la conquête d’autres mondes, d’autres univers, la vie ne doit pas être que de la Terre, il y a forcément des équivalences, des mondes concomitants qui se cache dans les profondeurs de l’espace. Ta nouvelle civilisation venue des étoiles peut-être fort concrète où la Terre n’est sans doute qu’un gros relais hertzien que l’on meuble de satellites toujours plus puissants. Nous habitons peut-être un objet rare et non identifié que certains êtres visitent de tant à autres. Le Périgord était peut-être une très ancienne zone de peuplement extra-terrestre dont seul les grottes peintes garde le souvenir le plus poignant. Suis – je entrain de rêver ou dis-je des choses justes. Serions-nous seuls, à jamais seuls et idiots de l’être dans l’espace. Paul Placet m’a fait remarquer que depuis la Bastide de Domme, l’on voit une très grande parabole qui écoute le bruit du cosmos, on a comme anticipé tes souhaits dans ce paysage et toi simple précurseur on t’a oublié encore et encore. Les inventeurs sont rarement sur le devant de la scène. Etrangement ce sont bien ces nuits passées vers quinze ans, le long de la voie ferrée de Périgueux qui t’a fait découvrir le ciel de l’Europe et ses étoiles. « La Voie Lactée brille : l’édifice admirable des étoiles est mon temple et ma divinité. C’est à mes yeux une réserve inépuisable de vie, une source de joie ; c’est le pays de mon âme. Je ne me lasse pas de la voir, je l’aime comme un être. Chaque soir, je m’éloigne des hommes pour me mettre à l’écoute du ciel. Je n’en peux plus douter maintenant : je m’entends plutôt mal avec eux. Je leur reproche de ne pas se diriger rapidement vers l’avenir, de ne pas tenter d’être humains davantage en direction de l’espace, de vivre à proximité d’une prodigieuse réalité sans même la soupçonner, de ne pas voir leur situation au sein des forces cosmiques – de n’être pas MODIFIES PAR LE CIEL. Mes yeux se sont ouverts, je ne suis plus des leurs. L’ai-je jamais été ? Je ne veux plus vivre avec eux . » Les dés en sont jetés, le temple est là haut dans le ciel, François ne regardera plus ses contemporains de la même façon. La Voie Lactée a toute son attention, c’est là qu’il ira, que l’avenir doit l’emmener. L’on ne fait pas un mort avec de telles habitudes, c’est clair. François a été profondément modifié par le Ciel. En regardant un beau ciel d’étoiles il faut penser à lui dans son profond bonheur. Il va dans les petites chapelles romanes du pays de Sarlat, il n’est pas croyant mais s’y repose loin des vipères des chemins d’un maquis aux courtes forêts. François c’est l’appréciation, le sens des choses posés là où l’homme semble s’être éteint ou oublié. Une ferme en ruine, à l’abandon fait un très bon refuge où écrire, recevoir Paul, travailler. Sans l’oreille de Paul combien de travaux seraient restés inachevés. Paul c’est le lecteur privilégié, c’est le relais au monde, à son monde, celui de l’aventure. Toujours se besoin de se retrouver au quatre coins de la planète, l’Afrique surtout avec son impeccable étendue saharienne, ces espaces immenses et inhospitaliers. Moi qui ait une dent contre ce continent dont trop de mort sont revenus dans leurs cercueils plombés, j’apprécie la vision d’Augiéras mais n’en fait pas une panacée. L’Afrique tue, l’Afrique est brutale et débrouillarde. Je mets de grands guillemets autour d’une Afrique abrutissante et surtout emplie de malins et d’abrutis, je suis dur mais j’ai mes raisons très personnelles que j’ai du mal à faire évoluer. La Laponie ou les grandes forêts canadiennes, voire l’Alaska m’attirent bien plus que ce continent de Sida et de mortalité rapide. J’essaye de sauver les meubles, viking comme me voit Paul Placet, j’ai du mal a jouer au méhariste convaincu. Seul demeure cette pureté des lignes et de la lumière qui a tant séduit les écrivains et les peintres, les ermites et les archéologues. Mort de quoi au juste, dernier infarctus lors d’un repas où la voix monte et où François se fâche, s’emporte, s’écroule puis l’agonie en CHU ? Une fin d’aventurier, usé, fatigué, malade, épuisé mais toujours sur le départ, le Mont Athos, la Tunisie, l’échappée belle, mais à quoi rêvais-tu François mort en Périgord dans la ville de ton adolescence heureuse et brillante. « Le grand passé de l’homme me revient en mémoire ; l’Inde, l’Egypte antique, la Chaldée ; d’autres avant moi, refusant de n’être que des hommes engagés dans le cycle infernal des naissances et des procréations, ont bâti devant les astres, ont cru en la survie de l’âme, et sacralisé leur existence éphémère au contact de l’éternité . » Voilà tout un programme, l’un, l’unicité du temps, la durée puis la mémoire du passage. Si François en eu le pouvoir il aurait peut-être construit une pyramide dont seuls les nuages aurait bercé les sommets et cela avec les derniers matériaux les plus modernes. Revient souvent chez lui ce désire d’habiter une maison ultra moderne, signe apparent de sa soif du futur synonyme de confort et de puissance, drôle d’esprit quasi scientifique pouvant s’isoler dans les grottes les plus démunies, tout voué qu’il fut à cet essai d’occupation. Faut-il n’y voir qu’une expérience mystico-légale dédiée à l’endurance. Et Bissière ? Pourquoi être allé le déranger ? Bissière ce n’est pas de la magie, c’est de la peinture et de la bonne, défaut d’appréciation, vouloir aller trop vite en besogne. Bissière au corps décharné, usé mais solide, l’homme des bois peints puis des toiles aux sonorités paysannes, loin d’un parisianisme récupérateur, quel étrange gâchis que ce séjour chez lui. Le coup de fusil de chasse était mérité et tu aurais dû finir grillé comme un vulgaire cochon dans sa grande cheminée, mangé par tous et aromatisé, cela t’aurais profondément convaincu du travail de Bissière, et en plus tu les aurais nourri pour quelques jours, encore un destin contrarié, celle de devenir une chair de cuisine à défaut d’une chair à canon saharien. Pauvre François chassé là comme le diable, ramené à la gare et bon débarras ! Que n’aurai-je été là pour te faire peindre au lieu d’embêter un autre pauvre diable bien décharné. François c’est la fulgurante sauvagerie dans un monde encore ancien où il faut relever Gide lorsqu’il tombe par terre, décidément la force est avec lui et son étoile grandit. Gide c’est le passeport vers les salons parisiens, c’est le grand manitou au bout du rouleau mais Augiéras va quand même le rencontrer. Gide l’homme des Faux Monnayeurs, de ce livre magique à mettre pas loin du Grand Meaulnes de Fournier et du Pays où l’on arrive jamais de Dhôtel. Mon livre d’Augiéras c’est Domme, où il donne toute sa mesure, ce livre aurait dû être publié de son vivant, c’est mon intime conviction, même dans la collection Présence du Futur de chez Denoël. Paul Placet à la si douce voix est bourré d’humour, pour lui l’antenne parabolique capte ou décrypte plutôt les messages d’El Queada, il est dans le réel et s’intéresse plus à son œuvre en cours qu’aux restes livresques de son ami. Je lui donne entièrement raison car pour moi tous les atomes sont liés, il voit même dans la grotte de François, une future buvette pour touristes d’ici dix ans. François disparaît encore et encore, il a du rejoindre la Voie Lactée et s’y trouve bien. Il faudrait mieux transformer cet endroit en librairie d’un monde nouveau, axée sur les publications qui rejoigne ton point de vue cosmique, mais ça se sera dans vingt ans… J’aurais soixante ans et pourrais faire mes achats dans cette grotte. Je ne sais pas si nos pronostics seront des réalités, mais l’endroit semble bien parti pour un profond remaniement brutal et conservatoire, déjà je ne retrouve plus ma forêt d’acacia faux robinier, ,tout a été tronçonné vitesse grand V. Déjà le fait que tout soit bouclé n’augure rien de bon, la civilisation arrive, seules les grottes restent intactes mais pour combien de temps ? Lui qui écoutait la Terre en posant son front sur la roche, pourra bientôt prendre un billet pour visiter la Bastide. La part du romanesque et de l’autobiographie est dure à démailler car Augiéras en artiste total faisait une œuvre de sa vie, tout a été prétexte à livres, textes réécris, livres interminables, inséminés. Cet homme dont les livres n’ont pas d’équivalent, sont des morceaux de lui même par delà ou au-delà de la peinture. Ce que veut me dire Paul Placet c’est qu’avant tout Augiéras était un aventurier, les livres et la peinture restant au deuxième plan. Ce qui complique largement ce qui nous reste de lui et qui n’est que fragments d’une totalité évanouie. Mon train, mes mots avancent toujours pour boucler ces quinze pages qui restent une demande de Paul avec une insistance pour qu’il y ai un avant et un après à notre rencontre, ordre quasi formel où ne pas déloger. Je m’en tiens donc à cette version qui n’épuisera pas ce sujet en quinze pages et j’ai envie de repartir dans mes retranchements à moi, m’étant trop longtemps exposé aux commentaires du lecteur. Je n’ai pas pour habitude d’écrire pour des contemporains, mon lecteur à moi doit naître d’ici cinquante ans et encore… Mais vous allez me lire et c’est bien ma peine que de mener à bien cette promesse amicale. Nous étions là dans cette césure du temps et dans ces clivages d’une vie terminée mais ouverte à la Voie Lactée. J’ai su que François serait là et pas ailleurs, les étoiles, les merveilleuses étoiles, ton plus beau temple, ta vraie destination. Je suis jaloux de cette mort qui n’en est pas une. Isolé mais ô combien entouré ! Il y a du monde derrière François, mais il n’a pas d’équivalence dans la littérature, l’homme au semelles de vent, peut-être mais en mois adolescent, en plus fuyant. On a retrouvé la signature de Rimbaud dans le livre d’or de Long Wood à Sainte-Hélène, lui aussi allait loin et en très peu d’années pour finir épuisé à Aden. Je verrai bien Augiéras en marchand d’armes auprès de tribus touareg, pourquoi pas cet autre clivage. L’homme de la Vézère vendant des kalachnikovs par caisses entières quitte à être zigouillé dans l’affaire. « Il suffirait d’écrire sans publier – sans le vouloir – pour être tranquille. Autant dire qu’il suffirait de ne pas être né. Car il n’y a pas que l’ambition. L’orgueil. Respirer aussi reste mystérieux. L’air. » Il suffirait de cela, l’air que l’on respire, ça me va très bien, rien d’autre à priori de plus. La sentence serait de ne pas s’en rendre compte tous les jours, or il n’y a que ça. L’air rouge des temps futurs que je respire dés aujourd’hui. La grêle tombe avec force puis la neige couverte par le son tonitruant du tonnerre que des éclairs avaient signalé. Quelque fois on est peu de chose si on ne peut s’abriter, d’où l’intérêt d’une grotte, si peu confortable soit-elle. Je penche toujours vers ce futur qui nous comblerait si il n’était par trop lointain. Pas d’arrêt sans limites, peu de retard sans avance. La voile fut hissée rudement, l’équipage bien entraîné ne cillait pas. Mais que foutais-tu dans ta grotte, mon pauvre François, ta maladie cardiaque t’avait-elle retiré tous tes grammes d’intelligence. Sous la Bastide, oui c’est beau, c’est grandiose, un endroit à connaître, à apprécier. Mais quoi, ce reste, faire l’indigent dans cette France des années 67-71, quel programme mon vieux, de la merde en barre, assurément. Hélas ce n’était plus du jeu, c’était le vrai, le cent pour cent réel, celui-là qui ne vous rate pas. Mon pauvre François, quelle fin absurde. Un pauvre type manipulé par ce siècle étrange. La vie que tu as eue, je n’en voudrai pour rien au monde, celle du mensonge, celle d’un moi aux prises avec l’univers comme tout à chacun, pour en fait toujours essayer de gagner ta croûte, mon vieux, comme tout à chacun. Heureusement que ton soucis de ta vie ne s’appliquait pas à ta fulgurance, car c’est répugnant le mensonge. Elle est belle ta grotte, sous la Bastide, quel regret de n’être pas passé là à ton époque, quelle séquence merveilleuse. Quel être délicieux as-tu été pour cette pierre ! En 1971, hélas je n’avais que dix ans et d’autres soucis en tête, une enfance au temps d’un général en quelque sorte ! Mon pauvre ami, ta fin me fait froid dans l’hypothalamus. Les armes brillaient sous les rayons de la Lune, que toutes les trente secondes de gros nuages épais laissaient passer. Une odeur de hardes sales et de fumée de bois humide emplit l’atmosphère déjà lourde de pluies passées. Quel dommage que la vie fût si brève ! Un état d’urgence impalpable s’installait avec insistance. Des zoulous et des papous courraient dans les cieux, accompagnant leurs ancêtres dans des guerres courageuses et sans fin. Le bruit du ressac raisonnait très loin au large. Un destroyer fuguait loin, de l’autre côté de l’océan. La danse du soleil n’arrêtait plus son cirque, tout le monde était accroché au plafond du palais avec les intestins qui pendaient jusqu’au sol. D’autres religions prirent le relais jusqu’aux enfers. Hermès alla voler le livre des Tisseurs par delà le fleuve au fond de la plaine. Des avions décollaient sans cesse. Dieu était proche des hommes. La lumière fût et nous pûmes enfin boire du vin d’Alsace. Mais un ennui soudain accaparait tout dans un périmètre proche. Je n’écrivais plus un livre, j’égrenais des phrases. On n’a peut-être pas assez méjugé des phraséologies spontanées, est-ce que je ne me trompe pas à mon tour dans tout ce que je fais sans préjugé. Une ambiance de refuge, après la tourmente, que m’est-il arrivé en septembre. Dans une grotte devenue refuge privilégié, je crois encore aux chancelleries de l’âme, au jugement des erreurs passées, comme si je n’avais pas assez de doutes. Il recommençait à égrener des phrases. Telle une série de télé américaine, les histoires se chevauchaient, se ressemblaient étrangement sans plus de spectateurs. Les conséquences furent irréversibles. Êtes-vous au courant de la perte de temps infligé aux idées par le fait de survivre parmi les hommes et leur société. Nous ne crierons guère au secours, car il n’y en a pas. Pas d’interlocuteur, pas de solution, pas de devenir. Langue de bois et bagage en carton. Il ne prit plus le train qui mène à la grotte, un jour passé à attendre le télégramme du soleil, blêmissant et arrogant comme un babouin en rut. Du vrai sport en quelque sorte. De la collection particulière et des bancs de raison à foison, langue en carton et bagage de bois que l’on a perdu en chemin, sait-il encore l’heure qu’il peut être en ces temps littéraux. Une rue quelque part le mena au désespoir, elle courrait au bout des échappées belles et fermait une course commencée voilà bien longtemps, du temps des espérides et des cauchemars forcenés. En avait-il assez de cette perte de temps ainsi que de ce conglomérat improbable qui falsifiait tout sur son parcours. Il pouvait enfin réfléchir à tout cela, pour une fois, parmi tout ce dédale imparfait d’un discours fragmentaire et aléatoire. Appauvrissement des données, formatage de la mémoire, effacement des réflexes, enseignement du désespoir, mondialisation de la souffrance, où sont les grands esprits de cette fin de siècle horrible, la conscience s’est évanouie dans tous les camps de la déportation mondiale. Les chemins de l’arbitraire ont mené au néant du désert de l’esprit. Le Chemin des Dames perpétuel. « La première guerre mondiale a tout changé. Le monde n’a jamais plus été le même depuis. » Une guerre dont les développements se poursuivent toujours aujourd’hui. Une simple guerre des nerfs ou des nèfles. On peut partir très soudainement en emportant sa part de mystère, le fait est qu’on est plus et que cela seul est certain. Dans le domaine de l’indicible nous sommes parvenus à plus que cela, un endroit d’où nous parvient toujours des manifestations intelligentes et ce malgré cette finitude complète. L’intelligence est bien présente dans l’élaboration d’une plante, d’un caillou, d’un animal, pourquoi notre conscience ne perdurerait-elle pas de façon certaine dans des gènes transmissibles depuis la nuit des temps. Les marmites qui explosaient dans les tranchées, les massacres, les holocaustes sont du domaine d’une expérience devenue un acquis quasi collectif. Les manifestations post-mortem pourront prendre le chemin de l’atavisme auquel elles ont largement accès. A mon avis, plus il y aura de morts sur cette terre, plus sa batterie sera chargée à bloc. Quel temps, quel voyage, quelle planète, quelle espèce du règne du vivant restera pour de vrai l’unique refuge de l’intelligence en mouvement, seule pérennité de nos actions. Si tout est déjà en marche, aurons-nous la possibilité de nous contredire, il n’y a que les idiots qui ne changent guère. Demain, planète rouge, planète brune, planète noire ou planète vide ? Nous sommes si proches des graminées… et les fourmis continuent leur bonhomme de chemin, malgré l’atome, malgré les dangers du nucléaire, l’insecte, lui continue sans rencontrer de traumatisme majeur. Des fourmis géantes pourquoi pas ! les termites nichent même dans le béton. Survivants de tous les massacres, provoqués ou naturels unissons-nous pour abolir la mort, harmonisons la lente progression de l’homme vers son existence lumineuse, soutenons la nature à mieux nous aider. Esprit cupide, esprit marchand, nul royaume ne peut accueillir tes richesses accumulées. Tu perdra tout et y compris ta vie dans cette volonté absurde. Combien de bombes pour mettre fin au règne du marchand. La guerre nucléaire aura raison du banquier et de ses valets, tous égaux dans la poussière. Les deux tours de New York sont bien un signe avant coureur, un avertissement digne du plus palpitant des romans de science-fiction. Augiéras avait raison de lire cette littérature là, comme toute autre d’ailleurs. Rien de ce qui sort de l’imagination humaine n’est inutile, c’est la grande révolution des temps présents, la communication enfin établie entre l’esprit et la matière, au détriment de toute les sectes, écoles et professeurs du statisme. François Augiéras a eu le temps d’écrire ces merveilleux livres, de peindre de si beaux tableaux, de vivres de si nombreuses aventures, c’est sa civilisation qu’il nous a confié en vrai habitant de la Terre sous les Cieux, ne l’oublions pas cet homme est sans équivalent, c’est une pièce unique que seul les amoureux de la santé et de la liberté comprendront. Argenteuil ce samedi 30 août 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© 2017