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CE MONDE QUI NOUS EST PRIS

 

Ce monde qui nous est pris.

 Tout d’abord, je dois décrire le contexte de la rédaction de ce texte, car hier j’ai écrit un autre texte qui s’intitule « ce monde qui nous est donné. » et aujourd’hui voilà son contraire ou son corrélatif ? En un sens ce deuxième propos accompagne et entoure le précédent, ce qui suppose l’acceptation de ces termes contradictoires, à savoir : Donner et Prendre. Donner, n’est-ce pas comme offrir sans arrière-pensée, ouvrir à la possession de ce qui n’est pas pris, justement. Et prendre, bien au contraire, serait volontairement accéder à la possession, par le fait ou par l’exemple, se servir au détriment de l’échange. Ce monde qui nous est donné est aussi, en quelque sorte, un monde qui nous est pris ! Dépossession totale de ce monde pour l’homme ontologique. Il faut remonter à Parménide d’Elée, pour voir apparaître le principe de contradiction. Commençons par le début : Nous venons au monde dans le plus simple appareil, tant physique que mental. Notre psychologie se développe au contact du monde et de ses occupants, puis, le tempérament aidant, nous sommes amenés à nous confronter au monde, soit en prenant, soit en recevant, soit en choisissant. Par gourmandise l’enfant n’assouvit pas une passion mais une nécessité gustative ! La gourmandise va créer l’envie puis le besoin, et je considère que nous participons au monde dans la mesure où nous arrivons à satisfaire nos goûts, même si cela passe par l’accomplissement d’un travail extérieur à notre volonté, ce qui va déterminer notre vie sociale et comportementale. Le monde comme grand magasin de nos besoins et de nos envies. Par ailleurs, de mon côté et l’expérience aidant, je considère bien mieux ce magasin comme étant devenu une Casse, où l’on trouve plein de choses bien périmées et parfois correspondant à l’objet désiré, cherché. Mais par hasard, sans calcul et sans résultat immédiat, seule la curiosité pouvant être satisfaite dans un premier temps. Donc ce monde qui nous est donné, me semble hélas « pris », à savoir que l’ensemble de la collectivité humaine fait en sorte de nous prendre ce qui est désiré, et de nous le redonner sous un aspect re-conditionné pour l’usage du plus grand nombre. Le nombre fait la loi. Le désir n’étant pas partagé, nous voilà devant un monde bien incertain et quasi in-humain. Je serais tenté de dire aussi que toute révolte vient de là, car tout de même quoi de plus exaspérant que de constater que toutes ces richesses, à portée de mes mains, sont constamment prises par d’autres qui les accaparent ! L’Individu pourra-t-il éventuellement se fabriquer un monde où rien ne lui sera jamais pris mais donné ? Voici mes corollaires : La liberté, que j’ai à la naissance, n’est jamais vécue, car très tôt commence alors l’apprentissage de la vie en communauté et de la langue véhiculaire. La Morale de la société déteint sur ma volonté. Mais mes goûts sont bien à moi et à personne d’autre. Si je crée, je puis me dissocier du voisin, par le simple fait que ce n’est pas lui qui produit cette création, qui n’existerait pas sans moi. Je peux produire des objets utiles ou inutiles qui, suivant les techniques utilisées, peuvent être échangés par l’intermédiaire de l’argent. Bref mon individualité première tend à produire des objets qui pouvant se commercialiser, peuvent en l’occurrence me protéger de la multitude et de ses habitudes. Mais mon point de vue, qui n’est nullement unilatéral, qui envisage bien au contraire deux aspects du monde, ce qui en est donné, et ce qui en est pris, peut m’amener à penser qu’il se trouve plus de choses qui nous sont prises dans ce monde que données en fait ! En échange d’un « contrat » (où il est celui-là ?), nous aurions aliéné notre liberté intrinsèque pour bénéficier des bienfaits de la vie en société. Quelle gabegie quand on y pense un peu : Quel contrat et quels avantages ? Celui de dire oui à notre négation. Celui de vendre notre vie pour la gagner ? Celui de surseoire à notre existence, dans l’attente d’une retraite bien méritée ? Bref toujours en société, l’individu est comme différé, comme gommé dans sa substance, comme effacé des registres du vivant. Seule demeure la possibilité de créer à un usage personnel ou confidentiel, une œuvre faite d’indépendance et d’homogénéité. Je le dis et je le répète : Je suis moi, parce que je le veux bien ! J’ai trop fait l’expérience de me transformer en véritable « légume », et ce durant de longues périodes, pour comprendre que c’est bien la volonté qui anime notre individualité. Sans volonté pas de faculté de vivre bien déterminée ! Il y a aussi dans notre conception, dans cette venue au monde, une sorte de « porosité » au monde qui nous entoure, nous percevons des enseignements, des données, des renseignements qui ne viennent pas de notre for intérieur et qui nous complètent par ailleurs, comme si nous en avions un besoin tout naturel. Je suis poreux au monde et le monde m’envoie des signaux, des faisceaux de bonne volonté, pour m’aider à continuer cette existence, qui cahin-caha court à sa perte, à la décharge finale… Mais entre temps, m’aura-t-on laissé me servir, aurai-je pu prendre au monde ce dont j’ai besoin pour me nourrir ? L’espèce à laquelle nous appartenons n’est point partageuse, tout au plus consent-elle au prêt, mais guère au don. Le don, nous pouvons le trouver dans la relation amoureuse, mais combien hasardeuse et à quel prix est la rencontre du sexe opposé ! Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en fait, à part le produit de l’art ou de l’amour, rien n’est donné dans ce bas monde. Tout cela me fait penser au livre d’Alain Jouffroy : De l’individualisme révolutionnaire, « qui n’est rien d’autre que cette vérité suspendue au-dessus de tout : entre soi et soi, entre soi et les autres, entre l’autre et tous les autres. Le passage imprévu à l’acte réside dans ce perpétuel suspens. » Et plus loin : « Qui parle, en effet, en chacun de nous ? Un individu isolé, auteur absolu de son langage et de sa pensée ? Tombé du ciel avec, sous le bras, un dictionnaire, une grammaire, une encyclopédie, un sac de graines ? Sorti comme un ange armé du fond des étoiles ou de la matrice de sa mère ? Il n’en est, évidemment, rien : chaque individu est à lui seul un microcosme social, un réseau d’influences rhizomatiques, auquel, pour en élargir volontairement la structure, il incombe d’inventer un système de défenses et de réactions créatrices : en somme, une manière de dérégler ses propres déterminations dans tous les sens. Tout individu consentant passivement au social, aux pouvoirs et « à l’air du temps » n’est, en réalité, qu’un embryon, une chrysalide qui ne fait que se rêver papillon (ou roi). » L’individu altruiste serait celui qui aime en son prochain la part de lui-même qu’il ne trouve plus en lui, ainsi la société peut pérenniser ses enseignements et répéter à l’infini son statu quo imperméable à l’individualisme. Je pense pour ma part, que ça a toujours été l’initiative « individuelle » qui a sans cesse fait progresser la société « commune », par exemple il ne serait que de comparer la Joconde et sa réalisation à l’image de la Vache qui rit sur un couvercle de boîte en carton, les deux sont aussi connues l’une que l’autre dans le grand public, mais individuellement chacune, une fois confrontée à l’une ou l’autre image, n’aura pas le même échange ni le même sentiment à l’égard de cette réalisation. D’où évidemment il ressort que cette société est faite pour un troupeau de moutons aveugles et sans raisonnement, surtout sans mémoire. Peut-on dire que ce monde leur est donné ou pris ? La conclusion de son livre est la suivante : - « Le plus grand ennemi des individus libres est l’individualisme lui-même, forme suprême d’idéologie dominante de cette fin de siècle : je reprends volontairement ces « mots abstraits », qu’on a voulu vider de tout leur sens, parce qu’ils ne feront que s’en décharger dans les temps qui s’annoncent. La peur du concept, la peur de la formule, qui tend à paralyser toute formation syntagmatique du sens, doit être définitivement surmontée. La critique réelle de toutes les formes réelles de régression de la pensée individuelle trouvera bientôt – je veux le croire – de nouveaux modes d’expression et de nouvelles formes d’intervention, publique et clandestine. Sans quoi il n’y a qu’à attendre, bras croisés et sans verser une larme, comme Saint-Just le 9 Thermidor, le massacre définitif des ultimes libertés conquises par la première Révolution. » Nous en sommes sans doute là, arrivés au massacre des ultimes libertés… Et sans doute, l’individu en nous ne sait même plus réagir, ni larmes ni reproches, seule demeure la loi dans toute sa féroce compromission ! Seule demeure la peur du gendarme et la coupe sombre au porte-monnaie ! Interdiction du tabac dans tous les lieux publics, radars automatiques sur les routes, bref la panoplie ira croissante, au gré, pourquoi pas, et grâce à la régression de l’individu en son for intérieur. Restera la conscience de l’inconscience, les neuroleptiques et les séjours en HP pour perdre définitivement ces embryons d’être, ces petits pornographes stériles qui se masturbent devant la télévision nationale… Le monde est bref, et pour clore ma pensée, je soumets cette allusion aux règles de l’univers ambiant : Donné ou pris, le monde a-t-il encore lieu ? « Nous savons qu’avant d’écrire des mots, les hommes ont commencé par écrire des idées. L’image a été d’abord employée comme un signe des objets. Mais cet emploi lui-même n’a pas été trouvé du premier coup : il suppose que l’homme a pris conscience de la valeur rationnelle du signe graphique » , remarque Joseph Vendryes dans son livre « Le langage ». Ici nous avons développé uniquement un propos lié à l’homme civilisé et non sauvage, nous avons dépassé le règne de la superstition mais avons-nous quitté celui de l’aliénation ? Pour ma part, je conclurai que : Donné ou pris, clos ou infini, ce monde qui nous est échu et qui dure encore, est ce milieu subtil où celui qui est, est forcément celui qui réagit, soit en actes ou soit en pensées à cet environnement aux lois tangibles et à celles tout aussi bien spirituelles, la matière réfléchissant la matière et ce jusqu’à sa conclusion naturelle. Je ne pense pas qu’on s’y méprendra, toute réaction au monde quel qu’il soit est signe de bonne santé et l’individu demeure cette base arrière mêlée d’un quartier général à tous les possibles futurs qui viendront continuer ce présent à l’aliénation prégnante. Qu’en chaque individu se réalise la vie et son devenir, est déjà une forme de prouesse du vivant en ce qu’il est la continuation des origines et l’accomplissement des fins supposées à notre histoire commune, celle de la somme des individualités environnantes. Ce monde nous est pris pour mieux nous être donné !

 

03 – 10 - 2008

                                                  

 

 

 

 

                                          

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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